La mission Ad Gentes aujourd’hui : bâtir des ponts, vivre l’unité

Ever Amador
16 Octobre 2026

« Un dans le Christ, unis dans la mission » — Une invitation à redécouvrir notre vocation missionnaire.

Dans un monde marqué par les divisions, les conflits, les inégalités et les barrières culturelles, la mission de l’Église demeure une invitation à aller à la rencontre des autres pour partager l’amour de Dieu que Jésus-Christ nous a révélé.

En cette année 2026, alors que nous célébrons le centenaire de la Journée mondiale des missions, le pape Léon XIV nous propose un thème qui nous invite à réfléchir profondément à notre identité et à notre responsabilité en tant que disciples missionnaires : « Un dans le Christ, unis dans la mission ».

Ces paroles nous rappellent que la mission n’est ni une initiative individuelle ni une tâche réservée à quelques personnes. Elle est une vocation partagée, qui prend sa source dans notre union au Christ et s’exprime dans la communion, la fraternité et le service des autres.

Mais que signifie vivre aujourd’hui la mission Ad Gentes ? Comment pouvons-nous être véritablement un dans le Christ, au-delà de nos différences ? Et surtout, que devons-nous transformer dans nos communautés pour devenir d’authentiques témoins de l’Évangile ?

La mission Ad Gentes : aller à la rencontre de l’autre

L’expression latine Ad Gentes, qui signifie « vers les peuples », nous rappelle la vocation universelle de l’Église, envoyée annoncer l’Évangile au-delà de ses propres frontières.

Dans son sens particulier, la mission Ad Gentes s’adresse aux peuples, aux groupes humains et aux milieux culturels où Jésus-Christ et son Évangile ne sont pas encore connus, ou dans lesquels les communautés chrétiennes ont encore besoin d’être affermies pour vivre et transmettre leur foi.

Cette mission conserve aujourd’hui toute son importance. Toutefois, elle ne peut se réduire au simple fait de se rendre dans un autre pays ou d’organiser des activités religieuses dans des territoires éloignés.

La mission est avant tout une attitude d’ouverture, de rencontre et de disponibilité pour partager l’amour de Dieu.

Être missionnaire, c’est apprendre à écouter avant de parler, à comprendre avant de juger et à s’approcher des autres avec respect, humilité et sensibilité à leurs réalités.

Nous n’allons pas à la rencontre d’autres peuples pour imposer nos coutumes ou démontrer une prétendue supériorité culturelle. Nous y allons pour partager la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, reconnaître la dignité de chaque personne et découvrir comment l’Esprit de Dieu agit également dans les réalités humaines que nous rencontrons.

Dans cette démarche, la personne missionnaire n’a pas seulement quelque chose à offrir : elle a aussi beaucoup à apprendre.

La mission devient ainsi un chemin de rencontre, de dialogue et de transformation mutuelle, où l’Évangile est annoncé par la parole, mais aussi — et de manière indispensable — par le témoignage d’une vie consacrée au service des autres.

Nous ne sommes pas des îles ni des bâtisseurs de murs : nous sommes appelés à bâtir des ponts

L’un des grands défis de notre époque consiste à surmonter notre tendance à nous replier sur nos propres espaces, nos idées, nos cultures et nos façons de comprendre le monde.

Cette réalité peut également se manifester au sein de nos communautés chrétiennes, lorsque les différences deviennent des motifs de séparation, lorsque nous défendons nos intérêts particuliers au détriment du bien commun ou lorsque nous cessons d’écouter ceux et celles qui pensent et agissent autrement.

Sans même nous en rendre compte, nous pouvons finir par ériger des murs là où nous devrions ouvrir des chemins de rencontre.

Mais la mission ne nous appelle pas à dresser des barrières : elle nous appelle à bâtir des ponts.

Des ponts entre les cultures, les générations et les communautés. Des ponts entre des personnes qui vivent des expériences de foi différentes. Des ponts qui permettent de dépasser les préjugés, de guérir les blessures, de favoriser la réconciliation et de découvrir ce qui nous unit.

Bâtir des ponts ne signifie pas renoncer à notre identité chrétienne ni ignorer les différences. Cela signifie apprendre à les vivre dans le respect, le dialogue et l’amour.

Jésus lui-même nous a montré ce chemin. Il s’est approché des personnes exclues, a partagé la table de celles et ceux que la société rejetait et a franchi les barrières culturelles et religieuses de son temps pour révéler l’amour miséricordieux du Père.

C’est pourquoi une communauté véritablement missionnaire ne peut se refermer sur elle-même ni demeurer indifférente aux besoins des autres.

Nous ne sommes pas des îles destinées à rester séparées. Nous faisons partie d’une même humanité et nous sommes appelés à devenir des signes de communion.

La mission commence lorsque nous avons le courage de sortir de nos sécurités, d’ouvrir nos portes et de reconnaître dans l’autre un frère ou une sœur avec qui nous pouvons cheminer.

Un dans le Christ : l’unité ne signifie pas l’uniformité

Dans son message pour la Journée mondiale des missions 2026, le pape Léon XIV nous invite à méditer la prière de Jésus à son Père :

« Que tous soient un [...] afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).

Cette prière révèle que l’unité n’est pas simplement un idéal de coexistence harmonieuse, mais une dimension essentielle de notre identité chrétienne et de notre mission.

Cependant, être un dans le Christ ne signifie pas que nous devons tous penser de la même manière, posséder les mêmes capacités, appartenir à une même culture ou exprimer notre foi de façon identique.

La véritable unité n’efface pas la diversité : elle l’accueille, la valorise et la transforme en une richesse partagée.

Dans nos communautés, nous rencontrons des personnes aux histoires, aux sensibilités, aux talents et aux vocations différentes. Certaines annoncent l’Évangile par la parole; d’autres, par le service, l’éducation, la solidarité, la prière ou l’accompagnement des personnes qui souffrent.

Tous ces dons sont précieux lorsqu’ils sont mis au service d’une même mission.

Les difficultés commencent lorsque nous cessons de reconnaître les dons des autres, lorsque nous considérons que notre façon de faire est la seule valable ou lorsque nous laissons les rivalités et la recherche de reconnaissance personnelle affaiblir la communion.

Une communauté divisée peut difficilement annoncer de manière convaincante un Évangile d’amour et de réconciliation.

C’est pourquoi être unis dans la mission exige d’apprendre à collaborer, à partager les responsabilités, à valoriser les différents charismes et à reconnaître que personne ne peut accomplir seul la mission que le Christ a confiée à toute son Église.

Notre diversité doit devenir une occasion de grandir ensemble et non un prétexte pour nous séparer.

Nous ne sommes pas les protagonistes : l’Esprit Saint guide la mission

Il nous arrive parfois de céder à la tentation de croire que la mission dépend principalement de nos efforts, de nos capacités, de nos projets ou des résultats que nous obtenons.

Nous nous préoccupons d’organiser des activités, de mettre sur pied des initiatives, d’atteindre des objectifs et de démontrer des résultats. Bien que ces efforts soient importants, nous risquons d’oublier une vérité fondamentale : la mission ne nous appartient pas.

La mission trouve son origine dans l’amour de Dieu le Père, se manifeste pleinement en Jésus-Christ et continue de se réaliser par l’action de l’Esprit Saint.

Saint Jean-Paul II, dans son encyclique Redemptoris Missio, nous rappelle que l’Esprit Saint est le véritable protagoniste de toute la mission de l’Église.

Nous sommes des collaborateurs, des serviteurs et des instruments de cette action divine.

Cela signifie que nous ne sommes pas appelés à rechercher la reconnaissance personnelle, à imposer nos propres projets ou à nous placer au centre de l’activité missionnaire.

Le centre de la mission, c’est Jésus-Christ; celui qui l’anime, l’inspire et la conduit, c’est l’Esprit Saint.

C’est lui qui ouvre des chemins là où il semble ne pas y en avoir, qui suscite des vocations, qui fortifie les communautés et qui prépare les cœurs à accueillir la Bonne Nouvelle.

Notre responsabilité est de demeurer attentifs à sa présence, de discerner la volonté de Dieu et de nous laisser guider avec humilité et confiance.

Être des instruments de l’Esprit Saint exige d’apprendre à écouter, de reconnaître nos limites et d’accepter que Dieu puisse agir d’une manière qui dépasse nos plans et nos attentes.

Cela implique aussi de nous réjouir des fruits qui naissent du travail d’autres personnes et communautés, car ce qui importe véritablement, ce n’est pas de savoir à qui revient le mérite, mais que l’amour de Dieu puisse rejoindre tout le monde.

Nous ne sommes ni les propriétaires ni les protagonistes de la mission. Nous sommes des instruments entre les mains de Dieu, appelés à collaborer à l’action de l’Esprit Saint pour accomplir la volonté du Père.

La mission commence aussi dans nos propres communautés

Bien que la mission Ad Gentes nous pousse particulièrement vers les peuples et les réalités où l’Évangile n’a pas encore été annoncé, notre capacité à y collaborer est profondément liée à la manière dont nous vivons notre foi au sein de nos propres communautés.

Comment pouvons-nous annoncer la réconciliation si nous vivons dans la division ? Comment pouvons-nous parler de l’amour de Dieu si nous sommes incapables d’écouter et d’accueillir nos frères et sœurs ? Comment pouvons-nous inviter les autres à cheminer ensemble si nos communautés sont marquées par l’individualisme ou la compétition ?

Ces questions nous invitent à examiner la cohérence entre ce que nous annonçons et notre manière de vivre.

Être « Un dans le Christ, unis dans la mission » doit se traduire par des attitudes concrètes : écouter avec respect, surmonter les conflits par le dialogue, partager les responsabilités, accompagner les personnes qui traversent des difficultés et travailler avec d’autres communautés et institutions au bien commun.

Cela signifie également ouvrir des espaces où les jeunes, les familles, les laïcs et les laïques, les personnes consacrées et les ministres ordonnés peuvent apporter leurs dons et participer activement à la vie et à la mission de l’Église.

La communion missionnaire ne se construit pas uniquement lors de grands rassemblements ou de célébrations. Elle se fortifie dans les petits gestes quotidiens de fraternité, de générosité, de solidarité et de service.

Une communauté véritablement unie n’est pas celle où il n’existe jamais de différences, mais celle qui apprend à les aborder avec amour, respect et esprit de réconciliation.

Lorsque nos communautés deviennent des lieux d’accueil où chaque personne est valorisée et où personne n’est exclu, nous commençons à rendre visible l’Évangile que nous sommes appelés à annoncer.

Une mission partagée, une responsabilité pour tous

Le Mois missionnaire nous rappelle que toutes les personnes baptisées sont appelées à participer, selon leur vocation, à la mission évangélisatrice de l’Église.

Certaines reçoivent l’appel particulier de partir vers d’autres peuples et cultures pour consacrer leur vie à l’annonce de l’Évangile. D’autres y participent par la prière, la solidarité, l’accompagnement, l’animation missionnaire et le soutien aux personnes envoyées en mission.

Ces différentes formes de participation ne sont pas en concurrence : elles se complètent et expriment la communion de toute l’Église.

Pour la Société des Missions-Étrangères du Québec, cette invitation revêt une signification particulière. Notre vocation missionnaire nous appelle à cheminer avec les peuples, à partager leurs joies et leurs espérances, à écouter leurs souffrances et à collaborer à la construction de communautés fraternelles, ouvertes et solidaires.

Il ne s’agit pas simplement d’être présents dans différents pays. Il s’agit de vivre une spiritualité de rencontre, de communion et de service, en reconnaissant que chaque peuple, chaque culture et chaque personne a quelque chose de précieux à apporter.

La mission a besoin de mains prêtes à servir, de cœurs ouverts pour accueillir et de communautés capables de collaborer sans chercher à se mettre de l’avant.

Surtout, elle exige une attitude permanente de prière et de discernement, afin que nos initiatives répondent véritablement à la volonté de Dieu et non seulement à nos propres aspirations.

Unis dans la mission, envoyés par amour

Célébrer les cent ans de la Journée mondiale des missions ne signifie pas seulement se souvenir d’une histoire d’évangélisation. C’est aussi une occasion de renouveler notre réponse à l’appel que Jésus continue de nous adresser aujourd’hui.

Le monde a besoin de communautés capables de dépasser leurs divisions, de construire des relations fraternelles et d’offrir un témoignage crédible de l’amour de Dieu.

Il a besoin de missionnaires qui savent écouter, accompagner et servir. De personnes capables de bâtir des ponts là où se dressent des murs, de faire naître l’espérance là où règne la souffrance et de favoriser la réconciliation là où les blessures demeurent.

Mais, avant tout, il a besoin de témoins qui laissent l’Esprit Saint agir librement dans leur vie.

Que ce Mois missionnaire nous aide à nous poser sincèrement ces questions : Sommes-nous en train de bâtir des ponts ou d’ériger des murs ? Travaillons-nous à la communion ou défendons-nous nos propres espaces ? Permettons-nous à l’Esprit Saint de guider nos pas ou cherchons-nous à imposer nos propres chemins ?

Puissions-nous renouveler notre disponibilité à cheminer ensemble, à reconnaître les dons des autres et à mettre nos capacités au service d’une mission qui sera toujours plus grande que nous.

Car la mission n’est pas centrée sur nous, mais sur l’amour de Dieu qui, à travers nous, veut rejoindre tous les êtres humains.

Et parce qu’être « Un dans le Christ, unis dans la mission » n’est pas simplement un thème à célébrer, mais une invitation à vivre chaque jour comme des frères et des sœurs, bâtisseurs de ponts et instruments de l’Esprit Saint.


Réflexion inspirée du message du pape Léon XIV pour la 100e Journée mondiale des missions, qui sera célébrée le 18 octobre 2026.


Références

  1. Pape Léon XIV — Message pour la 100e Journée mondiale des missions (2026). Réflexion sur l’unité dans le Christ, la communion missionnaire et la mission d’amour.

    https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/messages/mission/documents/20260125-giornata-missionaria.html

  2. Saint Jean-Paul II — Lettre encyclique Redemptoris Missio (1990). Voir particulièrement les numéros 21 et 33, sur l’Esprit Saint comme protagoniste de la mission et sur le sens particulier de la mission Ad Gentes.

    https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_07121990_redemptoris-missio.html

  3. Concile Vatican II — Décret Ad Gentes sur l’activité missionnaire de l’Église (1965). Fondement conciliaire de l’activité missionnaire de l’Église.

    https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decree_19651207_ad-gentes_fr.html