Message de la Pentecôte 2020

Roland Laneuville, pmé (Supérieur général)

Bien chers amis,
 
Nous célébrons Pentecôte. Et nous célébrons Pentecôte alors que nous sommes blessés et que le monde est blessé par la pandémie. Oui, nous sommes blessés dans nos personnes, dans nos familles, dans notre santé. En fait, on peut dire que le monde vit et que nous vivons personnellement un véritable trauma. C’est un point. Blessés aussi dans nos communautés de vie, quelles qu’elles soient.
 
Les liens communautaires dans ce temps de pandémie sont fragilisés. Le confinement crée des distanciations physiques et psychologiques et nous sommes blessés aussi dans nos engagements, dans notre mission. Les bonnes nouvelles que nous tentons d’annoncer par nos vies, par nos témoignages, nos visites, nos prédications, nos engagements de toutes sortes sont limités ou carrément éliminés. Alors nous sommes vraiment blessés dans nos personnes, dans nos communautés, dans nos engagements.
 
Avec le psaume, ce matin, je priais :
"Et moi, humilié, meurtri, que ton salut, Dieu, me redresse." (Ps 68, 30)

Après le trauma du Vendredi Saint, c’est ainsi aussi que l’Esprit Saint a relevé Jésus d’entre les morts. C’est ce qu' on lit aujourd’hui. "Quand arriva le jour de la Pentecôte… leur apparurent des langues de feu... Tous furent remplis d’Esprit Saint… et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. " (Ac 2, 1-4) Don de l’esprit. Quel don? On parle de l’Esprit aux sept dons. Le don aux sept formes. Je m’en tiendrai pour ma part à trois dons seulement : pour nos personnes, pour nos communautés, pour notre mission. Et avec la flamme ou la langue de feu.

Pour nos personnes, ce que je demande, c’est la résilience. Un grand mot, un nouveau mot en quelque sorte. En fait, dans des situations traumatiques, et nous en vivons une, l’humain trouve des énergies pour rebondir. C’est ça la résilience. C’est ce que Boris Cyrulnik appelle lui-même la résilience. Créer en un sens le concept résilience pour le comportement humain. Ça s’appliquait au monde végétal, animal, mais il l’applique au monde humain. La résilience, c’est un don pour affronter les situations extrêmes. Il dit lui-même : « C’est comment reprendre un développement après une agonie psychique. » On peut penser à Jésus, comment l’Esprit lui a redonné vie. Le don de l’Esprit. Et pour nous aussi, on a besoin du don de résilience. C’est le premier don que je demande pour moi, pour nous, pour notre Société, pour nos communautés.

Au moment où on nous impose la distanciation, avec raison, nous avons besoin du don de solidarité. C’est le deuxième don que je demande à l’Esprit Saint pour nous. Quelle solidarité paradoxale quand on nous demande de nous tenir distants les uns des autres : garder la distance pour le bien commun, éviter les contacts, les voyages, éviter tout ce qui peut donner une chance au virus, tout ce qui peut répandre le virus. Dans les espaces que nous partageons, parfois réduits, maintenir aussi les distances et parfois, les tensions deviennent plus évidentes… Alors nos « inters » en communautés sont mis au défi. Donc, on a besoin du don de solidarité dans une situation comme celle-ci.

Le troisième don que je prie l’Esprit de nous envoyer, c’est le don de communication. Le don de communication, c’est pour la mission. Le don de résilience, c’est pour nos personnes après ou durant le trauma que nous vivons. Le don de solidarité, c’est pour nos cellules communautaires. Le don de communication, c’est pour nos engagements, nos missions qui sont limités. Notre mission en proximité se fait plus difficile. Nous avons donc à apprendre la télé-mission. Heureusement, on a toutes sortes de moyens, à partir du vieux téléphone, au courriel, au Zoom, au Facebook, au Facetime et tout. On en apprend des choses. En tout cas, moi j’en apprends. Apprenons la télé-mission. Que l’Esprit nous en fasse le don. C’est sûr que le virtuel est avec nous pour rester, même si la proximité est nécessaire et reviendra sûrement.

Comme disait l’auteur Jacques Julliard : « Avant la pandémie, nous vivions heureux et nous ne le savions pas. » Je pense que l’on ressent cela. Nous vivions heureux et nous ne le savions pas. Alors, maintenant, qu’est-ce qu’il faut dire ? On ne peut pas seulement dire : « Tout va bien aller. » Mais on dit : « Viens Esprit Saint. » Et selon la formule traditionnelle : « Viens Esprit Saint et renouvelle la face de la terre. »

Tout va bien aller, avec les dons de l’Esprit, avec la résilience, avec la solidarité, avec la communication. 

Bonne Pentecôte !