La Société des Missions-Étrangères / Mot du supérieur

Mars 2008

VERS L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 2008

A La Havane, le docteur Marrero et sa femme étaient deux dentistes recherchés et généreux. L'Université reconnaissait leur compétence en leur envoyant des jeunes dentistes en formation. J'étais un patient du Dr Marrero. Alors qu'il me réparait une dent, je me souviens d'avoir écouté, bouche bée (!), ses judicieux commentaires : " Actuellement, disait-il, nous avons un stagiaire avec nous. Il est très intéressé à apprendre et ça me fait tellement plaisir de lui communiquer mon expérience, mes petits trucs, mes façons de procéder. Il veut profiter à tout prix de ce que j'ai appris au cours de ma carrière ".

Dans la SMÉ, il y a plusieurs docteurs Marrero... il y a aussi des jeunes qui apprennent. J'en connais plusieurs. Mes voyages m'ont permis de constater que, si les deux côtés consentent un minimum d'effort, il s'établit une véritable complicité, une vraie communion entre les jeunes missionnaires et leurs aînés. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui " l'intergénération nel ". Les plus jeunes expriment sans réticence leur besoin et leur intérêt d'apprendre; les routiers de la mission, de leur côté, expérimentent une joie profonde à transmettre leur expérience.


Roland Laneuville, p.m.é., lors d'un voyage au Soudan en novembre 2007, en compagnie de Rebeca, professeur et catéchète à Hilla Mayo, et Joseph Jacvob, vicaire à la paroisse de Hilla Mayo, Khartoum.

UN TRANSFERT D'EXPERTISE

Ce qui nous tient à coeur se manifeste spontanément dans nos conversations et nos rencontres informelles. Que ce soit en faisant un voyage ensemble ou en prenant un repas, un échange dynamique s'établit entre " maître " et " disciple ". À l'occasion, les rôles peuvent même s'inverser. Le plus jeune est à l'affût pour découvrir ce qui passionne son aîné, mais il est heureux aussi de partager ses propres découvertes; le plus expérimenté parle de l'abondance du coeur et communique, même sans le vouloir, son goût et son zèle pour la mission, mais aussi son intérêt pour apprendre sans cesse.

Et que dire de nos rencontres hebdomadaires traditionnelles? Elles sont l'occasion de nous raconter nos entreprises apostoliques, avec nos bons coups et nos déboires. Là où les missionnaires sont plus dispersés, ces rencontres sont moins fréquentes mais elles sont plus longues et leur contenu souvent plus substantiel.

Il y a aussi les stages organisés pour vérifier, approfondir ou confirmer la vocation d'un jeune en formation missionnaire. À la suite de telles expériences, les stagiaires reviennent " avec le feu ", comme on dit, avec cette flamme missionnaire qui leur a été communiquée par ceux et celles qu'ils ont vus à l’œuvre. Le " transfert d'expertise " entre nous se fait de mille façons et la prochaine Assemblée générale sera un temps fort en ce sens.

Ce " transfert d'expertise " n'est pas une nouveauté chez nous, mais il prend aujourd'hui une nouvelle allure. L'image de notre famille missionnaire change au fil des ans, comme vous le constatez sans doute en feuilletant régulièrement les pages de cette revue. Des visages connus prennent de l'âge et des visages nouveaux font leur apparition. Depuis l'ouverture internationale de la SMÉ en 1997, l'accueil de membres non canadiens conduit à partager notre esprit de famille et nos expériences avec une relève sacerdotale venant de plusieurs Églises et cultures. Depuis 30 ans, l'association de missionnaires laïques, hommes et femmes, témoigne d'une vision élargie de la vocation missionnaire et permet d'explorer de nouvelles formes de collaboration au service de l'Évangile. Oui, l'image de la SMÉ se transforme et nous nous en réjouissons.

NOS CHANTIERS MISSIONNAIRES

Ce " transfert d'expertise " caractérise de plus en plus notre façon de vivre la mission. Dans nos différents chantiers missionnaires, nous vivons ainsi l'intergénérationnel, l'interculturel, la collaboration laïques-prêtres et la diversité des états de vie. Pour préparer l'Assemblée générale de 2008, tous nos groupes font le point sur les chantiers de la mission qui les occupent et les préoccupent aux quatre coins de la planète. Cette démarche donne l'occasion de nommer nos engagements, de les raconter et de les unifier pour mieux " vivre la mission en communion " comme nous y invitait l'Assemblée générale de 2003.

Dans les rapports qui nous arrivent à la suite de ces rencontres, je sens que le partage des expériences invite à l'espérance. Par exemple, au Honduras, où j'ai participé en novembre dernier à la préparation de l'Assemblée générale, j'ai senti la présence de l'Esprit qui nous pousse à une collaboration intensifiée avec les instances locales chargées de la mission. Sans mentionner ici tous les lieux où la SMÉ est présente, je pense à la transmission de nos responsabilités pastorales dans le Vicariat de Pucallpa dans l'Amazonie péruvienne. Là comme ailleurs en Amérique latine, en Afrique ou en Asie, dans les Églises locales où nous travaillons, des initiatives sont prises pour partager avec d'autres notre vocation missionnaire. Des jeunes se laissent interpeller par la mission au-delà de leurs frontières et nous les accompagnons dans leur discernement et leur formation. Voilà des chantiers auxquels nous travaillons un peu partout, y compris au Québec, en collaboration avec d'autres Instituts missionnaires.

Ces chantiers ne sont pas les seuls. Dans le contexte d'une mondialisation où les " missions étrangères " ne sont plus aussi éloignées qu'on pourrait le penser, d'autres chantiers sont ouverts : l'appel à la solidarité avec les plus pauvres et leur soif de justice, la rencontre et le dialogue avec des personnes d'autres traditions religieuses, le souci du futur de la planète comme milieu de vie. La prochaine Assemblée générale permettra de mettre en commun nos différentes expériences au Sud et au Nord, à l'Est et à l'Ouest. La démarche de l'Assemblée 2008 devrait favoriser une réelle transmission d'expertise d'une génération à l'autre " vécue dans la foi, la confiance mutuelle et l'entraide à tous les niveaux " (Projet de Vie, no 113).

POUR DESSINER L'AVENIR

Dans tout ce branle-bas, quel avenir se dessine? Saurons-nous créer les conditions pour appeler et accompagner 30 nouveaux missionnaires durant les cinq prochaines années? Fixer un tel objectif peut sembler présomptueux, mais il s'agit tout simplement de faire notre part en étant convaincus que l'Esprit du Seigneur souffle là où il veut.

Laissons-nous inspirer par le bienheureux François de Laval. En 2008, nous célébrons le 350e anniversaire de son ordination épiscopale. " C'est au grand Maître de la moisson, écrivait-il, d'envoyer des ouvriers en sa vigne; toute notre industrie humaine et nos soins empressés n'avancent point l’œuvre du Bon Dieu ". Mais le premier évêque de Québec écrivait aussi : " Quoiqu'il faille mettre tout notre appui et notre confiance en lui, nous ne perdons pas un moment de travailler à trouver quelques sujets d'ici au départ des vaisseaux " (Doris Lamontagne, Prier 15 jours avec François de Laval, Nouvelle Cité, 2007, p. 69, 79).

Les vaisseaux transportant les missionnaires ont maintenant des ailes et ils sillonnent le ciel dans plusieurs directions. Depuis sa fondation par les évêques du Québec, la SMÉ a grandi et le visage de notre famille missionnaire se transforme. Nous collaborons à la mission universelle de l'Église en envoyant des missionnaires non seulement à partir du Canada mais aussi des pays où nous oeuvrons depuis des années. Si les conditions du monde et les besoins de l'évangélisation ont beaucoup changé depuis le temps de Mgr de Laval, nous pouvons encore nous inspirer de son esprit pour dessiner l'avenir. Par exemple, la fondation du Petit Séminaire de Québec, qu'il avait d'ailleurs appelé le Séminaire des Missions-Étrangères, témoignait de son souci de former des missionnaires pour l'immense territoire qui lui était confié. Je crois qu'il serait fier de voir notre programme de formation missionnaire dans ses trois centres de Montréal, de Tegucigalpa au Honduras et de Nairobi au Kenya.

Un signe que l'esprit missionnaire de François de Laval est bien vivant chez nous après 350 ans est la participation de l'Église d'ici à la Grande Campagne que nous avons lancée en 2003. Nous voulions constituer un fonds de dotation de 3 000 000 $ dont les revenus nous aideraient à assumer nos engagements en formation pour préparer la relève missionnaire. En quatre ans, nous avons atteint cet objectif. Pour cela, il fallait que les diocèses, les communautés religieuses et les nombreux bienfaiteurs et bienfaitrices croient vraiment à la mission d'aujourd'hui et de demain.

À tous ceux et celles qui appuient la SMÉ dans ses chantiers missionnaires, je veux exprimer toute notre reconnaissance. Merci de vous joindre ainsi à notre grande famille missionnaire et de répondre généreusement à toutes nos sollicitations. Notre prochaine Assemblée générale sera un temps fort de reconnaissance pour l’œuvre accomplie grâce à vous; elle sera aussi un temps de renouveau et d'espérance pour la suite de notre service de l'Évangile.

Roland Laneuville, p.m.é.

Supérieur Général