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SEMEUR D'ESPÉRANCE SUR iNTERNET
Entrevue de Jean Guy Dupont(1), p.m.é. réalisée par Bertrand Roy
Jean-Guy, tu célèbres 50 ans comme prêtre missionnaire. Peux-tu nous parler de ton itinéraire depuis le jour de ton ordination en 1956?
Le 2 juillet dernier, la paroisse de Yurigaoka a fêté mon jubilé. Ce fut vraiment impressionnant et émouvant. C’était le jour anniversaire de ma première messe au Mont Sainte-Anne à Lachine, le 2 juillet 1956. La veille, j'avais été ordonné prêtre dans la paroisse Saint-Vincent-Ferrier à Montréal. J'avais alors 26 ans. L’année suivante, je partais pour le Japon.
Après deux ans d’études de la langue japonaise, j’ai travaillé en paroisse dans la région d’Aomori, au nord du pays. De 1966 à 1971, je me suis retrouvé à l’extérieur du Japon, d’abord pour un service missionnaire en Argentine, ensuite pour prendre soin de ma mère tout en étant responsable de la Mission japonaise à Montréal. En 1971, je revenais au Japon où j’ai poursuivi mon travail missionnaire dans les régions de Tokyo et d’Aomori. Depuis 1989, je suis curé de la paroisse de Yurigaoka dans la ville de Kawasaki, près de Tokyo.
En revoyant le chemin parcouru, comment décrirais-tu ta vie missionnaire?
À l’occasion de mon jubilé, j’ai fait faire une image-souvenir. Cette image a été faite par Gilles Caron, un confrère p.m.é. du Japon. Elle représente ce que j’ai essayé de vivre comme prêtre missionnaire. Cette image est celle du semeur. Voilà ce qu’était pour moi la vocation sacerdotale et missionnaire à 26 ans et ce qu’elle continue d’être à 76 ans. Être semeur de paix, de bonté, de pardon, d’encouragement. Semeur de la bonne nouvelle apportée par le Seigneur Jésus.
Au fil des années et des expériences, selon les situations et les personnes rencontrées, mon style de semeur a changé, mais j’ai essayé d’être ce que je suis par vocation : un semeur heureux au coeur plein d’espérance, un semeur gardant les yeux fixés sur le Seigneur, le maître de la moisson, et confiant en l’oeuvre de l’Esprit Saint dans le monde et au Japon.
Depuis neuf ans, j’ai découvert un nouveau terrain de semence. C’est un terrain immense comme le monde, un terrain assoiffé de semences de vie et d’espoir. Il s’agit de l’Internet.
Comment as-tu découvert ce terrain de l’Internet?
Je ne m’y suis pas aventuré spontanément. Je me suis fait embarquer dans un projet qui m’a conduit dans un monde pour lequel je ne ressentais aucun attrait, aucun intérêt. L’Internet, c’était pour moi le monde de l’information. Et de l’information, j’en avais déjà beaucoup, beaucoup plus que ce que je pouvais absorber et digérer. Je ne ressentais aucun besoin d’aller en chercher davantage. Mais depuis que je me suis aventuré sur l’Internet, je suis plein de reconnaissance envers les personnes qui m’ont initié à ce monde.
Ces personnes devaient être convaincantes. De qui s’agit-il?
Ce sont les responsables du site web de la paroisse de Yurigaoka. J’ai participé à leur réflexion pour la création du site. Dès la première rencontre, je leur ai dit que j’étais bien d’accord avec ce projet. Je vous appuie, leur ai-je dit, mais ne comptez pas sur moi pour réaliser ce projet. Je n’ai pas d’ordinateur, je ne connais rien dans ce domaine et je n’ai pas d’intérêt pour l’Internet. Je demande seulement que le site de la paroisse ne relève pas d’une seule personne mais d’une équipe. Le 14 novembre 1997, le site de la paroisse de Yurigaoka apparaissait pour la première fois sur l’Internet (www.ne.jp/asahi/church/yurigaoka).
Après quelques mois, les responsables de l’équipe sont venus me voir. Ils recevaient souvent des courriels demandant des conseils pour des problèmes personnels. Comment répondre? Quoi dire? Ils ne le savaient pas et ils ressentaient la responsabilité de donner des réponses adéquates. Vous, comme prêtre, m’ont-ils dit, vous devriez vous charger de répondre. Cela m’a piqué et m’a fait réfléchir. Je leur ai dit que j’allais y penser.
Et tu as accepté cette demande?
Pas tout de suite. Plus j’y pensais, plus j’hésitais. Suis-je vraiment capable de répondre à cette demande? J’appréhendais les questions qu’on pourrait me poser. Est-ce que je serai capable d’y répondre convenablement avec mes connaissances encore très limitées de l’écriture japonaise, car il fallait répondre en japonais. Si on me confie souvent des problèmes personnels compliqués, est-ce que cela ne deviendra pas un fardeau? Des questions de ce genre me faisaient donc hésiter jusqu’au jour où j’ai réalisé que mon regard se portait trop sur moi-même et pas assez sur celui qui semblait m’appeler par cette demande.
J’ai vu dans cette demande un appel du Seigneur à aller semer à l’extérieur des cadres de la paroisse, un appel à ouvrir mon coeur et les portes de la paroisse à ceux et celles qui venaient y frapper avec l’espoir d’y être accueillis tels qu’ils se présentaient. J’ai donc décidé de faire le saut. J’ai rencontré les responsables du site pour leur faire part de ma décision et je leur ai demandé de m’initier à l’utilisation de l’ordinateur de la paroisse. Par la suite, je me suis procuré le mien. Je leur ai demandé de mettre mon nom et mon adresse électronique sur la page d’accueil du site.
Comment réponds-tu aux messages que tu reçois?
Les gens qui envoient des messages à l’adresse de la paroisse reçoivent une réponse de la part des responsables du site. S’ils ne peuvent pas y répondre, le message m’est refilé et j’essaie d’y répondre le mieux possible au nom de la paroisse. Quant aux courriels qui sont envoyés à mon adresse, j’y réponds autant que possible rapidement et chaleureusement.
S’il s’agit de personnes qui présentent des problèmes complexes qui relèvent des spécialistes en counseling, je m’excuse de ne pas pouvoir répondre adéquatement à leur demande. Je leur dis que je les porte dans mon cœur et dans mes prières, que je suis toujours prêt à les écouter. Je leur envoie aussi un ou deux textes que je leur propose de méditer. Avec les années, je me suis fait une banque japonaise de beaux textes - des poèmes, des proverbes, des prières. D’après mon expérience et les réactions reçues, ces beaux textes sont comme des semences d’espérance, de lumière, comme un baume rafraîchissant sur les blessures du coeur.
Ce travail de semeur produit-il des résultats visibles?
Il n’est pas facile d’apprécier concrètement les résultats de notre travail au Japon. Les résultats invisibles sont sûrement plus nombreux que les résultats visibles. Dieu seul les voit et les connaît. Dans le domaine de l’évangélisation, les résultats ne se mesurent pas quantitativement. Je pense qu’on peut dire la même chose de notre site comme instrument d’évangélisation. Durant les neuf ans de notre présence sur l’Internet, combien de personnes ont été accueillies, réconfortées, encouragées, éclairées? Je ne peux pas le dire. Dieu seul le sait. Combien de personnes se sont rapprochées de Dieu, de l’Évangile, du prochain? Je ne peux pas le dire.
Cependant, je vois des résultats pour la paroisse de Yurigaoka. Après neuf ans d’existence, notre site web est visité en moyenne 35 fois par jour. Je suis loin de recevoir autant de visites chaque jour dans les locaux de la paroisse. Je suis sûr qu’au moins cinq personnes ont été baptisées à Yurigaoka parce qu’elles avaient connu la paroisse par l’Internet. Deux d’entre elles sont même devenues des collaboratrices du site. Surtout, ce site continue de fournir à la paroisse une façon de sortir de ses cadres, d’aller sur la place publique et d’offrir un lieu d’accueil, ouvert à tous sans distinction, 24 heures par jour.
Personnellement, que t’apporte cette présence sur l’Internet?
Cette présence me permet de déposer gratuitement dans le coeur de plusieurs personnes, dont je ne verrai jamais le visage et ne connaîtrai jamais le nom, des semences de réconfort, de paix, d’encouragement, d’espérance et d’Évangile. Des lettres de remerciements reçues de personnes inconnues sont pour moi une invitation à continuer.
Dans un texte que j’ai beaucoup médité et qui a souvent réchauffé la flamme de ma vocation, je lis ceci : « Si je peux être la cause d’un seul rayon de soleil dans la vie d’un autre (…), si je peux semer lumière, espérance et joie, si je peux être la cause de plus de joie, plus d’espérance, moins de peine, je n’aurai pas vécu et aimé en vain ». Et j’ajoute : ma présence sur l’Internet n’aura pas été vaine! Ce très beau texte d’un auteur inconnu (encadré) exprime bien ce que m’apporte la présence sur l’Internet et ce que je ressens au fond du coeur à l'occasion du 50e anniversaire de mon ordination.
(1) Jean Guy Dupont, p.m.é. est né à Montréal en 1930. Il est missionnaire au Japon depuis 1957. Il a aussi travaillé en Argentine (1966-1967) et à la mission japonaise de Montréal (1968-1971). Vous pouvez le contacter à l'adresse suivante : dupont@jan.email.ne.jp
Silvia Pucheta
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