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MA VIE C'EST DE REJOINDRE LES GENS !
Entrevue réalisée par Renaude Grégoire
Tu ne nous auras pas comme ça !
À mon arrivée à Cuba en 1948, quelqu'un m'avait dit : " Père, tu ne nous auras pas comme ça ! " Il avait raison et sa remarque m'a beaucoup aidé parce que cela a changé ma façon de vivre la mission. J'ai appris à prendre les gens par le cœur. Ensuite, ils peuvent s'engager avec moi, avec leur communauté. Comment ai-je fait ? Avec ces hommes qui ne pratiquaient pas, j'ai commencé en jouant aux cartes. Avec le temps et l'amitié, ils venaient m'aider à l'église. Des milliers de gens venaient aux activités paroissiales alors que les miliciens munis de haut-parleurs, faisaient beaucoup de tapage mais ne parvenaient à réunir que 50 personnes.
Expulsé de Cuba
Avec le changement de régime à Cuba, des militaires se faisaient fusiller. J'en ai accompagné plusieurs le matin de leur exécution. Le mépris de la vie c'est terrible ! Certains militaires croyants s'accrochaient à moi et même les non-croyants m'acceptaient car, moi, je pouvais réclamer leur corps et le remettre à la famille. Il y avait tant de misère dans le peuple et il fallait des changements. La révolution cubaine s'est faite en 1959. Mais nous ne savions rien des intentions de Fidel. En mai 1961, il a décidé que les étrangers qui n'étaient pas d'accord avec son orientation communiste, seraient expulsés du pays. J'ai dit à mes paroissiens : " Moi je reste avec vous jusqu'à la fin. Quand il voudra me mettre dehors, il me mettra dehors. Mais le soir même, j'ai reçu un téléphone de mon supérieur me disant de me réfugier à l'ambassade canadienne. Deux jours plus tard, nous sommes rentrés au Canada. Ce fut dur, très dur.
Au nord de l'Argentine
En 1964, j'arrive en Argentine, dans le diocèse de Resistencia. Seules les femmes venaient à l'église et moi, j'avais l'idée de m'occuper des hommes. J'ai eu le malheur de le dire et le dimanche suivant, à Noël, je me suis trouvé seul dans l'église sans femmes ni hommes. Il fallait être très créatif. Et ça marchait bien ! Avec mes contacts, j'ai pu faire avancer beaucoup de choses essentielles : installer l'électricité dans plusieurs rues, rendre l'eau disponible dans les lieux publics. Je visitais les gens et eux aussi me visitaient. Ma vie a été comme cela : beaucoup d'organisation et des fêtes pour rejoindre les gens.
En animation missionnaire au Canada
J'ai été nommé directeur de l'animation missionnaire en 1967. Avec une équipe formidable, nous avons fondé le Club du mois, changé le format de la revue, utilisé une roulotte pour visiter les écoles et faire des spectacles. De 1969 à 1971, grâce à la ville de Montréal, nous avons tenu un pavillon missionnaire à Terre des hommes. Chaque semaine nous présentions un pays avec la collaboration des missionnaires présents. Avec la radio amateur, nous mettions en contact les familles avec leurs missionnaires à l'étranger.
Je travaille seulement avec mon cœur, c'est moins fatigant !
En 1973, je suis retourné en Argentine. Je suis allé vivre dans un quartier nouveau. On se visitait beaucoup ! On travaillait pour les pauvres, pour l'église, pour la bibliothèque : tout le monde s'engageait pour le milieu. Cela a été une expérience extraordinaire et différente. Les laïques de toutes conditions étaient engagés : avocats, notaires, fonctionnaires… En 1980, j'avais tout donné ! Je me sentais vide. J'avais travaillé avec ma tête, avec mon cœur aussi, mais surtout avec ma tête. Je suis revenu au Canada. Une retraite m'a ouvert de nouveaux horizons et, depuis ce temps-là, je travaille seulement avec mon cœur et c'est moins fatigant ! C'est la deuxième étape de mon sacerdoce. L'amitié m'aide beaucoup à vivre mon sacerdoce. La spiritualité qui me nourrit vient de mon expérience de participation à la cause de béatification de Délia Tétreault, fondatrice des Missionnaires de l'Immaculée-Conception. J'ai trouvé là une spiritualité d'actions de grâces : vivre au jour le jour dans l'action de grâces. Voilà ce qui me fait vivre aujourd'hui.
Je garde des liens avec Cuba et l'Argentine.
C'est une manie que j'ai. Je fais beaucoup de correspondance. C'est de l'ouvrage et souvent j'ai voulu arrêter, mais je ne l'ai jamais fait. En octobre 2002, je suis allé à Miami pour rencontrer les anciens professeurs de notre collège à Cuba et d'autres gens que j'ai aidés à sortir de leur pays natal. Ce fut une rencontre formidable : on le voit, ce sont des gens solides, engagés dans leur milieu et des croyants qui n'ont rien perdu de leur foi. J'ai même reçu une plaque hommage au nom des prêtres des Missions-Étrangères pour les 60 ans de présence à Cuba. En effet, nous y sommes arrivés en 1942. Plus de 200 personnes sont venues célébrer. Ils m'ont encore invités l'an prochain. Et je vais y aller !
Jean Langlois, p.m.é. est né à Montréal en 1920. Il a été missionnaire à Cuba, puis en Argentine. Il exerce son ministère à Montréal depuis 1979
Jean Langlois, p.m.é.
jlanglois28@videotron.ca
Silvia Pucheta
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