Solidarité / Comprendre notre monde

Chronique de solidarité internationale

AU CHILI, LE PASSÉ NE PASSE PAS

Le 11 septembre 1973, les militaires chiliens mettaient fin au régime démocratique d'Allende par un coup d'État sanglant, avec l'appui de l'administration Nixon-Kissinger. Un document de la CIA remis au Congrès en août dernier établit clairement que "de nombreux officiers de Pinochet étaient impliqués dans des violations systématiques et considérables des droits humains après s'être débarrassés d'Allende. Certains d'entre eux étaient des contacts ou des agents de la CIA o des Forces armées des Etats-Unis. "

Trente ans plus tard, les milieux d'affaires et les médias continuent de radoter que la dictature de Pinochet a été un mal nécessaire et que, grâce à ce traitement de choc, l'économie du Chili est florissante. " Que diriez-vous si au Québec on vous proposait d'éliminer la liberté d'expression, de proscrire les partis politiques, d'emprisonner les dirigeants syndicaux, de fermer les radios et les journaux, de faire disparaître nos concitoyens dissidents, d'appliquer systématiquement la torture et d'instaurer un régime de terreur au Québec jusqu'en 2020 (la dictature de Pinochet a durée 17 ans), au nom de la croissance économique ?" ( Mme Francine Néméh, directrice de l'AQOCI)

On demande aux victimes de la dictature de tourner la page et d'oublier le passé. Le gouvernement de Ricardo Lagos a proposé au Congrès des mesures pour accélérer les procès et révoquer la loi d'amnistie en vertu de laquelle les crimes commis durant la sale guerre ne peuvent être poursuivis. Par contre, il offre de pardonner à ceux qui remettront de l'information digne de foi sur l'endroit où se trouvent les quelques mille détenus disparus. Une telle mesure est inacceptable. Les militaires et leurs complices qui ont assassiné et torturé ne peuvent demeurer dans les Forces armées ni être protégées par celles-ci. Le massacre de milliers de Chiliens et de Chiliennes n'est justifiable pour aucun motif. Ces crimes contre l'humanité doivent être jugés et punis.

Pendant que le peuple chilien est déchiré par son passé et contraint de reconstruire le présent sur les bases de la vérité et la justice, on est en droit de se demander avec quel cynisme l'administration Bush peut diriger seule une lutte contre le terrorisme, quand on sait que ce pays a pratiqué la terreur, détruit la démocratie et commis des crimes abominables dans ce sous-continent où il prétend imposer sa dictature économique par l'Accord de libre échange des Amériques. On comprend pourquoi les Etats-Unis ne veulent pas d'un Tribunal pénal international.


Claude Lacaille, p.m.é. le 11 septembre 2003
Cette chronique paraît dans la Gazette Populaire de Trois-Rivières
redaction@lagazettepopulaire.com

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