Solidarité / Bible et justice sociale

Relecture actualisée d’un texte biblique
à la lumière de l’actualité internationale

 

« Ils sont assis par terre en silence,
les anciens, la fille de Sion.
Ils versent la poussière sur leur tête,
Ils revêtent les sacs,
Et les vierges de Jérusalem
Jusqu'à terre prosternent leur tête.
Mes yeux se consument dans leurs pleurs,
Mes reins bouillonnent,
Mon foie, il s'épanche à terre.
Brisure en lui, mon peuple, ma fille.
Ils défaillent, les enfants, les tout-petits,
Dans les rues de la ville.
À leurs mères ils disent: Où est le froment, où le vin ?
Quand ils défaillent en victimes dans les rues de la ville,
Expirant leur vie sur le sein de leurs mères.
De quoi témoigner, à quoi te comparer,
la fille de Jérusalem ?  »
Extraits des Lamentations
chapitre 2, versets 10-13
« La politique de sanctions imposée au peuple irakien depuis plus d'une décennie constitue une des grandes injustices de notre époque. Elle a entraîné famine et maladie pour des millions d'innocents en Irak.  »
(Réseau canadien pour la levée des sanctions contre l'Irak)

 

LES LENDEMAINS DE BAGDAD

Le désert sommeillait à nouveau
soûlé du sang de ses enfants.
Durant quarante jours et quarante nuits,
l'orage d'acier avait labouré avec acharnement
la ville aux mille et un cris,
éclairant de ses rayons mortifiants le carnage scientifique
d'un peuple cinq fois millénaire.
Quatre-vingt tonnes de bombes intelligentes
avaient fait éclater dans leur fracas apocalyptique
le tympan délicat des fidèles
jusque là attentif à la plaintive mélodie
des sourates sacrées
lancées du haut d'un minaret.

Le muezzin s'était tu à tout jamais
pour la jeune Fatima
abasourdie par la guerre chirurgicale.
Elle errait comme une ombre silencieuse
entre les ruines du quartier,
à la recherche d'une introuvable eau de vie.
Sur sa route,
des enfants rieurs se disputaient un ballon de chiffon
comme au premier jour de la création.
Quelques pas plus loin,
un char calciné dressait vers le ciel
son canon rouillé,
perchoir improvisé d'un moineau insouciant
qui piaillait à qui pouvait l'entendre
que rien ni personne
ne l'empêcherait de chanter.

Alors sous le voile noir de sa détresse,
les yeux de la femme sourde s'éclairèrent
et dans son cœur humilié et meurtri
jaillit avec fierté la profession de foi:
"Allah akhbar !
La vie renaît sur une terre morte;
résurrection !"
Et Fatima se prosterna tendrement vers la Terre
pour lui confier le secret de son espérance.

Aux victimes oubliées de la guerre du Golfe, des sanctions internationales et des bombardements incessants,
les 27 millions d'Irakiens et d'Irakiennes, en solidarité fraternelle.

Claude Lacaille, p.m.é.