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LES LENDEMAINS DE BAGDAD
Le désert sommeillait à nouveau
soûlé du sang de ses enfants.
Durant quarante jours et quarante nuits,
l'orage d'acier avait labouré avec acharnement
la ville aux mille et un cris,
éclairant de ses rayons mortifiants le carnage scientifique
d'un peuple cinq fois millénaire.
Quatre-vingt tonnes de bombes intelligentes
avaient fait éclater dans leur fracas apocalyptique
le tympan délicat des fidèles
jusque là attentif à la plaintive mélodie
des sourates sacrées
lancées du haut d'un minaret.
Le muezzin s'était tu à tout jamais
pour la jeune Fatima
abasourdie par la guerre chirurgicale.
Elle errait comme une ombre silencieuse
entre les ruines du quartier,
à la recherche d'une introuvable eau de vie.
Sur sa route,
des enfants rieurs se disputaient un ballon de chiffon
comme au premier jour de la création.
Quelques pas plus loin,
un char calciné dressait vers le ciel
son canon rouillé,
perchoir improvisé d'un moineau insouciant
qui piaillait à qui pouvait l'entendre
que rien ni personne
ne l'empêcherait de chanter.
Alors sous le voile noir de sa détresse,
les yeux de la femme sourde s'éclairèrent
et dans son cur humilié et meurtri
jaillit avec fierté la profession de foi:
"Allah akhbar !
La vie renaît sur une terre morte;
résurrection !"
Et Fatima se prosterna tendrement vers la Terre
pour lui confier le secret de son espérance.
Aux victimes oubliées de la guerre du Golfe, des sanctions
internationales et des bombardements incessants,
les 27 millions d'Irakiens et d'Irakiennes, en solidarité fraternelle.
Claude Lacaille, p.m.é.
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