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L’équipe missionnaire interculturelle : grâces et rencontres

par Erica Foschiatti, missionnaire laïque associée(1)

Voilà trois ans et demi que je suis en mission en Thaïlande. Si je devais définir cette période de ma vie, je dirais sans aucun doute qu’elle fut un temps intense de grâces et de rencontres. Temps de grâces comme don de Dieu qui se manifeste en tous moments. Moments de joie et de paix durant lesquels il est facile de Le reconnaître. Moments de souffrance et d’incertitude alors qu’Il semble garder le silence. Et temps de rencontres avec des personnes qui changent ma vie et mettent en lumière des dimensions de moi-même jusqu’alors inconnues.


Érica (à gauche) en costume traditionnel Lahu, en compagnie d'une missionnaire de Maryknoll en costume traditionnel Lisu.

La mission en Thaïlande : une situation interculturelle

Notre équipe de Thaïlande est formée de trois missionnaires laïques associées à la Société des Missions-Étrangères : Arlene et Sofia des Philippines, moi-même de l’Argentine. Au début, nous étions quatre avec Ever du Honduras mais il est maintenant en Chine. Cette communauté immédiate s’élargit aussi à toute l’équipe du Cambodge voisin : Robert Piché, p.m.é., du Canada, Betty et Dolly des Philippines, Marie Laure de France et René de Bolivie ainsi que leurs deux fils, Samuel et Simon. Nous nous réunissons chaque année comme petit groupe missionnaire de Thaïlande-Cambodge.

Notre équipe de Thaïlande est en partenariat avec les Missionnaires de Maryknoll, comme on désigne les missionnaires rattachés à la Société des Missions-Étrangères des Etats-Unis d’Amérique. Nous sommes ainsi amenées à travailler en étroite collaboration avec des missionnaires provenant des Etats-Unis, du Vietnam, des Philippines et d’autres pays. Nous participons ainsi à un réseau de presque 30 missionnaires en provenance de différents pays avec des histoires très diverses. Je vous laisse imaginer toutes les rencontres que cela implique et la grâce qui découle d’une telle situation. Nous sommes appelées à construire une communauté missionnaire, mais nous ne la comprenons pas tous de la même façon. C’est ce qui fait de la mission en équipe interculturelle une richesse et un défi constant.

L’adaptation à l’équipe interculturelle, le plus grand défi

La construction de notre équipe interculturelle et l’intégration de chaque personne sont des processus qui ont commencé par la formation/immersion au Québec, à Pont-Viau, avant notre départ vers l’Asie. L’arrivée en Thaïlande m’a donné l’impression d’entrer dans un autre monde, en commençant par le partenariat avec les Missionnaires de Maryknoll. Ce fut une immersion dans un "style américain" auquel personne d’entre nous n’était habitué.

Je crois qu’il a été plus facile de s’adapter au pays qui nous recevait, la Thaïlande, que de s’adapter à cette macro équipe interculturelle, considérant de plus que nous commencions juste à nous connaître comme petite équipe associée à la Société des Missions-Étrangères.

Dans le concret, il a fallu en priorité établir une langue commune et veiller à y être fidèle. Ceci peut paraître simple, mais imaginez-vous comment il est facile au début de former des sous-groupes quand deux personnes viennent de pays latinos, deux autres de la même région des Philippines, sans parler des francophones qui viennent nous rendre visite. Nous avons donc choisi une langue neutre connue par tous : l’anglais.

Toutefois, l’usage d’une langue commune ne change rien au fait que les modes de communication ne sont pas les mêmes pour tous selon nos origines. Certains sont habitués à dire les choses directement alors que d’autres préfèrent les chemins détournés en jouant sur la manière de dire les choses, indépendamment du contenu de leurs propos. Afin de ne pas faire de ces divergences une barrière infranchissable, il a fallu apprendre les uns des autres dans le respect des différences. Nous avons ainsi développé une forme de communication non verbale faisant un compromis entre les deux tendances.


Arlene Sale (à gauche) et Sofia Diez, missionnaire laïques associées de l'équipe de Thaïlande.

En travaillant avec les Missionnaires de Maryknoll, j’ai également découvert que nous ne rions pas nécessairement des mêmes choses, même si nous utilisons la même langue de communication. Parfois, ce qui pour nous est une blague sans grande importance, peut-être pris par d’autres comme une insulte.

Nous avons donc appris à faire attention à ces subtilités de la vie dans une équipe interculturelle. Nous sommes parvenus à une situation où personne ne demande à l’autre de donner plus que ce que l’autre peut donner. C’est une joie en même temps qu’une force pour notre communauté.

L’adaptation à la culture du pays, différences et ressemblances

Personnellement, il m’a fallu du temps pour comprendre certaines distractions et habitudes qui existent en Asie. Je pense particulièrement au karaoké. En Thaïlande, il est très commun d’aller chanter avec un groupe d’amis en lisant les paroles sur un écran. Je pense aussi à l’utilisation que les gens d’ici font des téléphones cellulaires et de leur habitude de s’envoyer régulièrement des messages pour garder contact.

Avant de venir en Asie, tout ceci était très loin de mes repères habituels. Il a donc fallu un certain temps à mes amies pour accepter le fait que je ne réponde pas aux messages collectifs qu’elles envoient sur mon téléphone et que je préfère danser au rythme de la musique plutôt que chanter à la manière karaoké.

J’ai découvert par contre que mes deux coéquipières des Philippines de même que les Thaïlandais ont un sens de l’humour très proche du mien. Comme les latinos, ils ont tendance à chercher le côté drôle de n’importe quelle situation. C’est la manière que nous utilisons pour établir le contact et commencer à connaître l’autre. Je dois reconnaître que depuis que j’utilise cela, je parviens à entrer en relation plus directement avec les Thaïlandais que je côtoie dans mon travail.

La foi, ciment et espace de rencontre pour la communauté interculturelle

Au niveau de la foi, les similitudes sont nombreuses. Bien que nous venions de pays très différents, la préoccupation et l’intérêt portés à l’engagement missionnaire sont très semblables. Contrairement au reste, nous n’avons pas vécu de grandes adaptations dans ce domaine. Nous avons par contre profité du contact avec les autres religions existantes en Thaïlande pour enrichir notre foi et découvrir ce que signifie être messagers de paix et de réconciliation, des choses très importantes dans notre monde.

Ces quelques exemples illustrent bien, je crois, l’importance de découvrir et de connaître les aspects de notre culture qui ont un impact sur notre personnalité car ils rejailliront dans la vie de l’équipe et dans sa manière d’agir. La mission dans une équipe interculturelle me confirme jour après jour que même si l’appel de Dieu est individuel, ce n’est que dans la communauté qu’il pourra mûrir et s’incarner.

(1)Originaire de Buenos Aires en Argentine, elle est éducatrice spécialisée. Elle est missionnaire laïque associée de la Société des Missions Étrangères du Québec à Chiang Mai en Thaïlande depuis 2002. Vous pouvez joindre Érica à l'adresse suivante : ericafos@yahoo.ca