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« Allah kariim » - Dieu est généreux
par Gilles Poirier, p.m.é. (1)

Gilles Poirier, avec un vrai pasteur

Durant dix ans, j’ai été missionnaire au Soudan. À Khartoum, dans les bidonvilles où s’entassent les réfugiés déplacés par la guerre, j’ai souvent reconnu les attitudes de Jésus dans les gestes quotidiens de ce peuple, particulièrement dans leur façon d’être présents aux autres.

Quand vous arrivez chez eux, les gens laissent tout ce qu'ils avaient planifié et ils sont là pour vous. Vous ne saurez jamais s’ils avaient des engagements importants ou une urgence familiale. On arrête tout pour accueillir un hôte.

Les Évangiles décrivent Jésus toujours en mouvement. Il allait de village en village pour visiter les gens, leur apporter du réconfort. Il était d'abord et avant tout présent aux personnes. Il n'avait pas peur de changer son programme si quelqu’un était dans le besoin, surtout quand il s'agissait des petits, des laissés-pour-compte, des exclus. Nos soeurs et frères du Soudan incarnent constamment ces attitudes évangéliques.

Leur générosité nous laisse bouche bée
Même s’ils n'ont rien, les gens partagent le peu qu'ils ont. Ils donnent de leur pauvreté comme la veuve avec son obole. Quand un voisin est malade, ils peuvent partager tout l'argent qu'ils possèdent. Ils vivent en vérité la parole de Jésus : Ne vous inquiétez donc pas du lendemain (Matthieu 6, 34). Ils croient fermement que Dieu leur donnera la sagesse et les mots pour se défendre dans les épreuves et les persécutions. Si vous leur demandez : « qu'est-ce que tu vas faire, maintenant que tu n'as plus rien ? », ils vous répondront : « Allah Kariim, Dieu est généreux. »

Même s’ils n'ont rien, les gens partagent le peu qu’ils ont

Une espérance têtue
Les Soudanais et les Soudanaises ont un courage et une espérance hors de l'ordinaire. Leur lutte pour pouvoir étudier, entrer à l'université, inscrire leurs enfants à l'école, améliorer leurs conditions de vie, constitue un tour de force incroyable. Ils me rappellent tous ces gens de l’Évangile qui criaient leur souffrance, ces petits, ces exclus qui ont affiché une audace incroyable devant Jésus pour arracher une guérison ou se voir réhabilités dans leur dignité.

Je pense à la Cananéenne qui a tenu tête à Jésus contre toutes les conventions sociales de l’époque pour faire entendre sa demande; ou encore au père d’un garçon épileptique qui insiste pour que guérisse son fils. Ces personnes sont allées contre les coutumes et les bonnes manières du temps. Elles ont accédé à la vie, à cause de leur patience et de leur ténacité, mais fondamentalement à cause de leur espérance têtue et de la conviction que Jésus était là pour elles.

J'ai découvert que ces mêmes qualités et ces mêmes vertus fleurissaient en abondance chez les réfugiés de Khartoum. Malgré le peu de moyens dont ils disposent et bien qu’ils n’aient aucune influence auprès du pouvoir, ils ne lâchent jamais. Aussi, nombreuses étaient les personnes qui, après quelques années, venaient m’annoncer leur départ pour l’étranger ou pour une autre ville, parce qu'elles avaient réussi à rendre à terme un nouveau projet.

Gilles Poirier p.m.é., l’auteur à Khartoum

Le visage défiguré du Christ
Dans les quartiers pauvres, j’ai vu des enfants abandonnés courir les rues, sales et couverts de terre, une situation qui répugne aux coutumes soudanaises. J'ai vu la culture et les valeurs éclatées. La prostitution, le vol, la boisson, le manque de respect et de fidélité entre les parents est maintenant monnaie courante, en contradiction avec le mode de vie traditionnel. Je reconnais là le Serviteur soufflant de Dieu décrit par le prophète Ésaïe « Il était celui qu'on dédaigne, celui qu'on ignore, la victime, le souffre-douleur. Nous l'avons dédaigné, nous l'avons compté pour rien, comme quelqu'un qu'on n'ose pas regarder. » (53, 5,) Au Soudan, le Christ est défiguré dans les visages d’un peuple persécuté, chassé, poursuivi, massacré, exclus de la communauté et assassiné.

Cette situation a beaucoup questionné ma foi et m'a fait expérimenter un sentiment d'impuissance. En même temps, ce peuple vaillant qui m’a accueilli m’a enseigné l’espérance. Malgré mes doutes, j'ai vu que ce sont les plus pauvres qui annoncent au monde une bonne nouvelle par l'exemple de leur foi, de leur générosité et de leur immense amour pour les autres.

(1) Natif d'Alfred, en Ontario, missionnaire en Argentine (1969-85), et au Soudan (1989-99). Il est au Kenya depuis octobre 2001.

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— Qu’advienne une paix juste et durable au Soudan  !
Un appel des évêques des Églises catholique et épiscopale du Soudan