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Qu’advienne une paix juste et durable au Soudan  !
Un appel des évêques des Églises catholique et épiscopale du Soudan.
Nairobi, Kenya 17 août 2001

Nous, évêques des Églises catholique et épiscopale du Soudan, réunis à Nairobi pour un séminaire sur le leadership pastoral et l’unité d’action dans une situation de crise, du 12 au 17 août 2001, motivés par notre foi chrétienne et préoccupés par la souffrance immense de tous les peuples du Soudan à cause de l’actuelle guerre civile, demandons une fin immédiate des hostilités et l’établissement d’une paix juste et durable au Soudan.

Nous faisons appel au gouvernement du Soudan, au Mouvement armé de libération des peuples du Soudan, aux autres groupes armés, à tous les peuples du Soudan de quelque tribu et religion que ce soit, à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et aux autres bâtisseurs de paix, y compris le Forum des partenaires de la IGAD, les Nations unies, l’Union africaine et les partenaires internationaux.

Nous nous adressons également à sa Sainteté le Pape Jean-Paul II et au très révérend et honorable Docteur George Carey, Archevêque de Canterbery, ainsi qu’aux chefs religieux du monde.

Un état de souffrance
Nous sommes profondément préoccupés par l’épouvantable souffrance humaine autant dans le Nord que dans le Sud du pays. Près de trois millions de personnes sont mortes à cause de la guerre. Plus de six millions ont été déplacées à l’intérieur et des millions d’autres ont fui le pays. La situation économique s’est détériorée à un point tel que plus de 96% de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Dans certaines régions, les populations se voient refuser l’assistance humanitaire de base dont elles ont un urgent besoin.

La guerre a affecté de façon défavorable particulièrement les plus vulnérables : les femmes, les enfants et les vieillards. Dans le but de soutenir l’effort de guerre, les factions armées enrôlent de force les enfants d’âge scolaire pour le service militaire, les exposant ainsi à un dommage grave, les privant de toute chance d’éducation et mettant en péril leur avenir. Les femmes et les enfants sont harcelés et abusés et les personnes aînées sont privées des soins normaux traditionnels. La famille ordinaire et traditionnelle s’est effondrée et les traditions sont détruites.

De grands pans de la population sont devenus dépendants pour leur survie de l’aide humanitaire. Cette aide, bien que désespérément nécessaire, n’est cependant pas une solution efficace de la crise à long terme.

Étant données ces expériences de souffrance humaine et de bien d’autres aussi abominables, nous réclamons la fin immédiate de la guerre. Une solution négociée plutôt que l’usage des armes est la seule façon d’en arriver à une paix juste et durable.

Une paix basée sur la justice
Mettre fin à la guerre est essentiel, mais insuffisant pour l’établissement d’une paix juste et durable. Les racines du conflit doivent être énumérées pour que tous les Soudanais et Soudanaises puissent jouir pleinement de leurs droits dans la dignité.

- L’affirmation de la diversité à l’intérieur de l’identité nationale qui garantit un traitement égal à tous les groupes culturels, raciaux et religieux dans les médias ainsi que dans les systèmes éducatifs et légaux en vue de promouvoir une coexistence pacifique.

- Le partage du pouvoir dans un système de gouvernement participatif qui garantisse les pleins droits et la participation de toutes les personnes. Un tel système devrait protéger les droits exclusifs des États sur leurs territoires et en arriver à un consensus sur le partage des pouvoirs sur le plan national. Cette balance des pouvoirs doit être élaborée de façon à éviter la domination d’un groupe sur un autre et assurer les pleins droits de tous.

- Le partage de la richesse par un accord formulé entre les États et le gouvernement national pour garantir un développement équilibré et équitable.

Programme pour la paix
S’attaquer aux trois préoccupations ci haut mentionnées requiert d’un programme concret d’action comportant les éléments suivants :

Déclaration de principes : nous faisons nôtre la Déclaration de principes du processus de paix de l’IGAD, en particulier en ce qui concerne les relations entre l’État et la religion, le principe d’autodétermination, et le cessez-le feu complet.

Les relations entre l’État et la religion : L’unité du pays et la paix dans la justice ne peuvent se réaliser sous la loi de la Charia dans un pays où il y a diversité de cultures et de religions. Nous réclamons plutôt la liberté religieuse pour tous les groupes religieux et la séparation de la religion et de l’État.

Le cessez-le-feu complet : Après être arrivé à une solution négociée, un cessez-le-feu complet devrait être déclaré sous surveillance internationale.

Plaidoyer pour la justice et la paix. Nous réclamons :
a) Le respect des droits humains pour tous les citoyens et citoyennes
b) La construction de la paix, la réconciliation et le pardon entre les divers groupes culturels de la nation, comportant des initiatives Nord-Sud, Sud-Sud et Nord-Nord
c) La coopération des pays voisins, des organisations internationales et les pays partenaires du forum de IGAD ainsi que les peuples de bonne volonté.
d) L’engagement constructif de tous ceux qui soutiennent l’État national, incluant les groupes de la société civile et les communautés religieuses en particulier.

L’appui au processus de réconciliation interpersonnel en cours et au processus de paix dans le Sud et l’insistance pour que toutes les parties en conflit s’engagent et appuient sérieusement ce processus et tous processus similaires dans le Nord. Ces efforts de la base devraient être reliés au plus haut niveau politique national.

Engagement à favoriser un authentique dialogue entre chrétiens et musulmans, en particulier au niveau des communautés locales.

Déclaration et appui au Forum oecuménique soudanais et à ses initiatives actuelles pour la paix.

Suspension du pompage de pétrole tant que la paix n’est pas atteinte. Sa poursuite alimente la guerre, déracine les populations locales et renforce l’inégalité existante dans la distribution de la richesse.

Conclusion
En tant que croyants en un seul Créateur, et ayant en commun l’appartenance à une seule humanité, nous croyons et nous espérons que Dieu accordera la paix aux peuples du Soudan si nous sommes disposés à prier sincèrement, à nous réconcilier et à porter les fardeaux les uns des autres.

(Sudan Focal Point - Africa - Nairobi)
traduction Claude Lacaille, p.m.é. le 31 août, 2001