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ET TOI, QUEL EST TON MOT ? par Roland Laneuville, p.m.é.
C'était la veille de Noël 1986, j'étudiais l'arabe à An Nahud, près du Darfour, au Soudan... An Nahud, décembre 1986 Vous savez, l’arabe s’apprend mieux quand on a un peu de sable dans la gorge et on en avait beaucoup dans cette petite ville au milieu du désert. Un employé de l’école de langue, Garang, et moi avions été désignés par le directeur de l’école pour préparer la crèche de Noël pour la petite communauté chrétienne composée presque exclusivement de personnes déplacées à cause du conflit entre le Nord et le Sud du pays. Garang était lui-même une personne déplacée. Un grand Dinka, dégingandé, ricaneur malgré ses malheurs. Une crèche de Noël pour les nuls
Nous avons uni nos talents artistiques pour faire « une crèche de Noël pour les nuls ». Lui ferait les personnages. Moi, je ferais les rochers et le ciel étoilé. Dans mon cas, c’était assez facile : des vieilles poches de céréales se sont transformées en rochers et des boîtes de fer blanc ont été recyclées en étoiles décorées de caractères japonais… Ces boites de conserves de thon portaient la claire indication « cadeau du peuple japonais », mais tous les marchands du coin les revendaient dans leurs boutiques! Mon ami Garang avait la tâche la plus difficile : confectionner les personnages de la crèche. Pourtant il n’avait pas l’air de s’en faire. Il trouva sa matière première : de la terre, un peu de paille et de l’eau. Assez ingénieux, n’est-ce pas? Le résultat final : trois statuettes d’environ 20 centimètres de haut. De loin, la Vierge se distinguait par ses gros seins; saint Joseph, par son pénis; l’enfant Jésus, debout et aussi grand que sa mère, par un chiffon blanc qui l’enveloppait. Le mot de Garang Garang, tout content de ses modelages, suggéra que nous fassions une prière, juste deux ou trois mots, pour bénir notre chef-d’oeuvre. Je m’exécutai à ma façon, puis je me tournai vers lui : « Et toi, quel est ton mot? » Il ne se fit pas prier : « Seigneur, dit-il, je te présente ces personnages que j’ai confectionnés avec amour. Nous ici, nous sommes à peu près tout nus comme eux. En fait, tu le sais, parce que tu sais tout, nous ne sommes pas mieux que des esclaves, des abid, c’est le nom qu’ils nous donnent. Par la venue de Jésus, de grâce viens nous vêtir de la dignité des enfants de Dieu. Nous en avons bien besoin! » Tout était dit. Tout Noël était là! Laval, Décembre 2007 Ma chère nièce, Cette anecdote m’arrache encore des larmes quand je m’y arrête. Si je te la raconte, ce n’est pas pour t’inviter à faire une crèche semblable. Elle n’aurait pas beaucoup de sens dans ton salon. C’est le mot de Garang qui a fait la différence dans cette crèche-là. Quel mot aimerais-tu dire pour accompagner ta crèche de Noël? Mon grand Dinka était bien spontané et n’avait pas besoin de papier. Je me demande d’ailleurs s’il savait écrire. En qui croyons-nous? Ici au Canada, c’est de bon ton de dire ce en quoi nous ne croyons plus. Mais en quoi et en qui croyons-nous? Nous aimerions le dire mais nous peinons à le faire. Nous savons assez bien ce que nous ne voulons plus célébrer. Nous ne voulons plus un Noël de centre d’achat ou une fête qui se rapproche de l’Halloween. Mais en rester là, c’est ne rien faire. C’est le mot de Garang qu’il faut réinventer, pour ta situation à toi. Avec tes enfants, tu vas inaugurer les décorations de Noël. Quel mot vas-tu dire pour en faire sortir le sens? Ou encore mieux, quel mot vas-tu leur demander de dire pour la circonstance? Ton mari et toi, vous allez préparer un repas de Noël. Au début du repas, quel mot allez-vous prononcer? Vous allez faire un échange de cadeaux, quel sens allez-vous y mettre? Un bon mot pour chacune de ces occasions, c’est une bénédiction. C’est d’ailleurs le sens de la bénédiction : une bonne parole qui dit la joie, l’amitié, la gratitude, l’accueil de Dieu dans ton foyer à Noël. Ce bon mot pour Noël, tu peux le faire spontanément. Mais tu peux aussi le préparer et en faire un rituel de fête. Une bonne façon de commencer, c’est de raconter un souvenir où Noël t’a été révélé. Ce fut peut-être par les lumières scintillantes, par la simplicité d’un cadeau, par l’accueil d’un ami ou d’un étranger, par la joie familiale d’un repas copieux, par l’émerveillement devant une crèche de Noël. Bénis le Seigneur pour ces expériences. Tu aideras les autres, d’abord tes enfants et tes proches, à rendre Noël plus vrai. Le mot que tu prononceras est ce qui donnera du sens à l’événement que tu vivras. Sans parole, Noël est banal. Sans le Verbe, le monde reste enfermé et triste. Alors, dis ton mot et célèbre Noël. Contribue à la joie des autres. Ton expérience de foi peut favoriser celle des autres. Les autres y gagneront peut-être. Toi, tu y gagneras sans aucun doute. Ce sera une vraie expérience de Noël. Ton oncle. En racontant cette anecdote et en écrivant ainsi « à ma nièce », ce sont tous les lecteurs et les lectrices de cette page que je veux rejoindre et auxquels je dis un vrai bon mot : Joyeux Noël ! Roland Laneuville, p.m.é., Supérieur général
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