La Société des Missions-Étrangères / Nos destinations / Soudan
(Extrait de la revue d'octobre 2006)

Pauvre Soudan!

par Gervais Turgeon, p.m.é. (1)

Missionnaire à Khartoum au Soudan depuis 1994, Gervais Turgeon nous fait un bilan rapide des grands conflits dont le pays a été et est encore victime aujourd’hui. (LA RÉDACTION)



La fin d’une guerre…

De 1983 à 2005, le Soudan a été le théâtre d’une guerre opposant le Nord musulman au Sud chrétien et animiste. Les combats ont eu lieu au Sud et c’est pourquoi de nombreux chrétiens sont venus se réfugier au Nord, dans Khartoum, la capitale. Le quartier d’Hilla Mayo où nous travaillons est un de ces camps de réfugiés.

Des accords garantissant une certaine autonomie au Sud ont été signés depuis déjà plus d’un an et ont mis fin à ce conflit, pour l’instant. Outre la fin des hostilités, il y a beaucoup de changements. Nous pouvons maintenant circuler dans tout le pays. Le nombre de nos séminaristes va probablement doubler cette année parce que ceux provenant des diocèses autrefois sous le contrôle des rebelles, devaient aller au Kenya ou en Ouganda pour leurs études. Toutefois, la présence des militaires fait toujours problème et il ne semble pas y avoir beaucoup de sincérité de la part du gouvernement du Nord dans l’application des accords de paix.

…et le commencement d’une autre

Depuis quelque temps, un nouveau conflit a émergé au Soudan : la guerre du Darfour. Cette région est située à l’ouest du Soudan, principalement à la frontière avec le Tchad. C’est un coin du pays qui a la taille de la France, ce qui n’est pas négligeable. Deux groupes de musulmans s’y affrontent : des éleveurs arabes de vaches et de chameaux au nord de la région contre des fermiers noirs au sud. La source du conflit vient du fait que les éleveurs envahissent les terres des fermiers lorsqu’il n’y a plus d’eau au nord du Darfour. De plus, ces gens sentent très bien qu’ils sont absolument ignorés et délaissés par l’administration centrale de Khartoum. Ils revendiquent maintenant eux aussi une certaine autonomie et une présence significative dans le gouvernement. Le problème est aggravé par le fait qu’il y a trois groupes de rebelles qui ne s’entendent pas et qui tentent de tirer la couverture chacun de leur côté.

Un semblant de paix

Sous la pression internationale, des accords de paix ont été signés mais les groupes rebelles n’étaient pas tous représentés, ce qui fait que les problèmes continuent. Le pire dans cette guerre, c’est qu’il n’y a jamais d’affrontement entre deux armées. Les belligérants attaquent des villages, brûlent, violent et tuent tout ce qui se trouve sur place : surtout les femmes et les enfants. C’est pour cela qu’il y a plus de deux millions de réfugiés qui ne veulent pas rentrer chez eux. Pour régler une situation aussi compliquée, il va falloir un autre miracle. Pauvre Soudan!

(1) Originaire de Dolbeau, il a travaillé aux Philippines (1963-77; 81-89) et au Service de l’animation missionnaire au Québec (1977-81; 89-93). Il est missionnaire au Soudan depuis 1994. Courriel : pgmsoudan@yahoo.ca