Ça se passe aux Philippines
La guerre antiterroriste de Bush débarque aux Philippines.
660 soldats américains sont arrivés à Zamboanga, une ville au sud de l'île
de Mindanao. "Ce sont les Philippins qui vont combattre, pas les Américains",
a déclaré la Présidente Gloria Arroyo au Canada. Cependant ceux-ci seront lourdement
armés et auront le droit de se défendre en cas d'attaque. C'est la première fois
que Washington intervient aux Philippines depuis la fermeture de sa dernière base
en 1992, mettant alors un terme à plus de cent ans d'occupation militaire. C'est
pourquoi la présidente du seul pays à majorité catholique de l'Asie a été la cible
des critiques nationalistes; elle risque de créer un froid diplomatique avec l'Indonésie
qui est le plus grand pays musulman au monde. Les pays arabes et des pays d'Asie
verront en cette nouvelle présence militaire des Etats-Unis un précédent dangereux.
Le gouvernement de Manille essaie vainement de venir à bout de la rébellion
d'Abu Sayef qui veut créer un état islamiste dans le sud de l'archipel. Sur l'île
méridionale de Basilan, près de 6000 soldats ont lancé des opérations intensives
contre la guérilla en juin 2001, alors qu'une cinquantaine de militaires et une
centaine de rebelles ont été tués. Cette île à majorité musulmane est parmi les
plus pauvres du pays. Les Américains prétendent que le groupe d'Abu Sayef est
lié au groupe terroriste Al Qaida. Durant six mois, les troupes des États-Unis
vont former leur partenaires philippins aux techniques et gadgets dernier cri
du contre-terrorisme. "Nous manquons d'équipement", prétend l'armée des Philippines.
C'est du moins le but avoué de cette mission.
Selon les observateurs, les conditions de lutte à Basilan, où les troupes seront
déployées, seront aussi difficiles que celles expérimentées durant la guerre au
Viêt-nam. C'est là que se trouve le bunker du chef rebelle qui tient en ôtage
un couple de missionnaires du Kansas et une infirmière philippine depuis huit
mois. Le groupe rebelle a déclaré qu'il attendait les Étasuniens de pied ferme,
puisque ceux-ci venaient de toute évidence pour faire la guerre. En éditorial,
le New-York Times a critiqué les aspects vagues et préoccupants
du plan Bush. "Le Pentagone possède une longue et ignoble histoire,
celle d'annoncer l'envoi de Forces américaines à l'étranger
comme conseillers, alors qu'ils sont destinés en réalité
à combattre. Nous espérons que l'équipe de Bush ne jouera
pas ce jeu-là"
Claude Lacaille, le 31 janvier, 2002