La Société des Missions-Étrangères / Nos destinations / Pérou

UN SIÈCLE DE RUÉE VERS L’AMAZONIE
Lettre pastorale des Évêques de l’Amazonie péruvienne

Mgr Jean-Louis Martin p.m.é., évêque de Pucallpa

Pour souligner le centenaire de l’évangélisation de l’Amazonie péruvienne, les huit vicaires apostoliques de cette région publiaient en janvier 1999 une lettre pastorale où ils réaffirment l’urgence d’une d’évangélisation libératrice des peuples et de leur environnement. Notre confrère, Mgr Jean-Louis Martin, p.m.é., évêque du vicariat de Pucallpa est l’un des rédacteurs du document.

Tout au long de ce siècle, nous avons vécu plusieurs « ruées vers l’or » dont le principal objectif a été l’extraction de nos richesses naturelles sans aucune considération pour le développement de la population locale. Les conséquences ont été désastreuses : déprédation de la forêt et disparition de ressources de grande valeur qui ont affecté nos prédécesseurs et affecteront gravement les générations futures. Voici les principaux problèmes dont il est question.

La ruée vers le caoutchouc et l’esclavage
Le cycle de l’extraction du caoutchouc a affecté toute la selva et sa population entre 1894 et 1920. Ce fut une des époques les plus tristes et décourageantes de notre histoire parce que tous les droits y ont été bafoués. Pour trouver de la main-d’oeuvre, on a pratiqué la chasse aux esclaves et le trafic d’êtres humains. On a assisté à un véritable génocide indigène. En 1912, le Pape Pie X a écrit une encyclique dénonçant la misérable condition des Indiens de l’Amazonie, les missionnaires ayant réussi à faire connaître à l’Église et au monde leur épouvantable situation. Les Vicariats apostoliques de la selva ont été fidèles aux consignes de Pie X de défendre la justice et les droits violés des indigènes de la selva.

Les méfaits de l’industrie forestière

Les méfaits de l’industrie forestière
Plus tard, les années 50 marquèrent le commencement d’une production forestière intensive qui se poursuit encore aujourd’hui. Au début, on achetait le bois à travers un système injuste de troc, où les marchandises offertes par le patron étaient surévaluées et le bois obtenu en échange sous-évalué. Les profits exagérés atteignaient parfois 200%. Ce système d’exploitation de la forêt détruisait encore une fois les communautés indigènes de la selva.

L’industrie forestière est toujours une des sources de richesse de l’Amazonie; elle fournit de l’emploi à une bonne partie de la population. Cependant, la coupe sur grande échelle des bois de qualité nous préoccupe; elle ne tient pas compte des habitants de l’endroit, occasionne une baisse alarmante des stocks et ne suit pas les normes internationales en matière de reboisement. En ce sens, la coupe non contrôlée met en grave danger l’environnement.

Terrorisme et drogue
Puis, dans les années 80, nous avons été témoins des ravages causés par le terrorisme, la production et l’exploitation de la drogue à l’intérieur de l’Amazonie. La terreur a ouvert de nouvelles blessures qui ne sont pas encore cicatrisées dans la population. En tant que pasteurs, nous avons élevé plusieurs fois la voix pour que la paix et la justice sociale prévalent. Nous continuerons de rejeter toute violence car elle affecte directement la dignité de la personne humaine.

Le pétrole et l’or
L’extraction de l’or a aussi fait l’objet de grandes controverses et nous-mêmes avons dénoncé les méthodes de travail employées : contrats de travail frauduleux, travail des enfants, mauvaises conditions de travail. Nous avons dénoncé aussi les dommages causés à l’environnement : l’empoisonnement au mercure, les sols contaminés, etc. Nous avons exprimé ces mêmes préoccupations vis-à-vis l’industrie pétrolière. Nous savons que les mines et le pétrole sont une des sources de devises les plus rentables pour notre pays. Il serait donc de grande importance de continuer à lutter pour une approche territoriale équilibrée et raisonnable qui respecte le bien des communautés et des personnes.

Le tourisme
Le tourisme au Pérou peut contribuer de façon très importante à l’amélioration des conditions de vie de notre peuple. Nous croyons qu’il peut représenter une source excellente de travail et de revenu pour les familles. Cependant, nous observons avec préoccupation l’arrivée de cette nouvelle ruée. Nous avons vu des agences touristiques convaincre les communautés indigènes de construire des gîtes et des circuits touristiques, en leur promettant toutes sortes d’avantages qui par la suite ne se sont jamais concrétisés.

Gérald Veilleux et son comité diocésain de droits humains

Évangéliser en campagne comme à la ville
Au cours de ces cent ans, les rives de nos rivières ont été peu à peu occupées par de nouveaux arrivés, venus surtout des Andes. Ils ont ouvert des routes, fait des abattis, ont semé. Ces petits agriculteurs représentent aujourd’hui le groupe le plus nombreux de notre Amazonie. Ils possèdent un grand sens de la famille et de l’entraide pour résoudre les problèmes communs de leur milieu.

Pour répondre à la réalité de ce milieu rural isolé, notre Église a cherché à y créer des communautés de base. Ces communautés chrétiennes se sont propagées rapidement et ont revitalisé toute notre Église.

Les villes de la selva sont celles qui ont connu la croissance la plus grande au pays ces dernières années. Signe de cette croissance désordonnée, plusieurs nouveaux quartiers pauvres ont exigé une attention spéciale de notre part. Cette augmentation rapide de la population a occasionné dans plusieurs Vicariats une pénurie notable d’agents de pastorale. Il a fallu recourir au travail intense de chrétiens qualifiés issus des mouvements apostoliques et des communautés chrétiennes. Nous avons créé des centres de formation chrétienne, des maisons de rencontre et de prière. Nous avons promu les vocations sacerdotales et fondé trois séminaires de théologie.

Le travail dans les villes demeure très important car c’est là que se trouvent les centres de décisions administratives et politiques. Nous voulons nous assurer que les autorités et les fonctionnaires travaillent vraiment au service des minorités ethniques, des petits agriculteurs et des pauvres.

Évangéliser pour obtenir la liberté
Il n’est pas facile de faire un résumé du travail d’évangélisation de cent ans. Il y a eu des lumières et des ombres. Il est possible que nous ayons commis des erreurs, pour lesquelles nous demandons pardon. Mais nous avons mis au service de la mission le meilleur de nous-mêmes. La mission de Jésus a consisté à guérir et éduquer pour obtenir un résultat précieux : la liberté. C’est peut-être là la trajectoire évangélisatrice la plus claire et évidente de notre action pastorale.

Nous devons maintenant assumer un nouveau défi : nous serons appelés à l’avenir à continuer avec nos communautés et les autres habitants de l’Amazonie le combat pour leur intégration dans la société nationale. Les Vicariats apostoliques représentent, en effet, une Église jeune avec de grands projets, remplie d’espérance et appelée à maintenir au sein de l’Église péruvienne la tradition missionnaire

Vous pouvez communiquer avec Mgr Jean-Louis Martin au courriel suivant : jeloma@terra.com.pe