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Le repas partagé
Denis Carrier, candidat au sacerdoce missionnaire *

Parmi mes plus beaux souvenirs, il y a les rassemblements familiaux autour de la table. Mon père et ma mère se réjouissaient de nous avoir auprès d'eux pour partager le repas. Mes frères et moi étions simplement heureux d'être là, sans vraiment réaliser la chance que nous avions d'être rassemblés autour du « repas partagé ».

Le partage d'un repas avec quelqu'un que nous n'avons pas vu depuis un certain temps est quelque chose de magique. L'été dernier, de passage au pays, j'ai eu plusieurs occasions de le vivre avec ma famille et des amis qui voulaient me revoir après deux années passées au Kenya en formation. Ce sont là des merveilleux souvenirs vécus autour de la table à manger.


Glouton !

Vous me direz peut-être que je suis un glouton ! Et pourtant Jésus lui-même recevait ce titre pas très honorifique. Et bien oui, Jésus était un inconditionnel des repas festifs, autant avec ses compagnons de voyage qu'avec les pharisiens qui se posaient des questions sur sa manière de vivre (cf. Lc 7,34).

Durant ses trois années de vie publique, Jésus a guéri des lépreux, a rendu la vue à des aveugles, a expulsé des démons, et a prêché le Royaume de Dieu en actes et en paroles. Et pourtant malgré toutes ses activités, il prenait le temps de bien manger avec tout son entourage. Parmi ses enseignements les plus significatifs et les plus parlants se trouve celui du « repas partagé ».

À l'époque de Jésus, il était mal vu d'être assis à la même table avec une personne de classe inférieure et encore moins avec un collecteur d'impôts ou une prostituée. Une fois de plus, Jésus est venu briser les murs de séparation et d'isolement que l'homme se construit derrière de fausses mesquineries. Jésus s'est étroitement solidarisé avec chacune des personnes en partageant leur table et leur nourriture, et cela sans condition.

Il est frappant de voir un jeune homme comme Jésus, qui non seulement prend le temps de vivre le « repas partagé » avec les pauvres et les exclus (cf. Luc 5,30), mais qui sait aussi nouer le tablier et mettre la main à la pâte... : « or, moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert » (Luc 22,27).

Il y a souvent des valeurs extraordinaires qui se vivent autour de la table et qui ne font pas beaucoup de bruit. Zachée a vécu une métanoia, une conversion, car il a compris le sens profond d'un « repas partagé » (cf. Luc 19,1-10). Ainsi en laissant Jésus venir chez lui, Zachée a expérimenté l'hospitalité, le partage et la réconciliation. Par le fait même, il s'est ouvert à son prochain, et il a demandé pardon à tous ceux à qui il avait fait du tort par une rétribution quadruplée.

Pour exprimer davantage le sens profond du repas sacré que nous a laissé le Christ comme mémorial, je dirais simplement qu'il a lui-même choisi le pain de blé et le fruit de la vigne comme signes tangibles de notre communion avec lui et entre nous. Non seulement l'Eucharistie nous rend convives de Celui qui s'est livré, mais encore, elle nous donne, comme aliment, son propre corps et son propre sang dans le « repas partagé ».

Deux tables !

Pouvoir partager un repas avec ceux qui nous sont les plus chers, n'est-ce pas là un cadeau merveilleux de la vie ! Je suis au Kenya depuis plus de deux ans et notre petite communauté vit deux grands temps de rassemblement autour de la table. Il y communion autour de la table eucharistique et autour de la table à manger où le pain quotidien est partagé.

Le « repas partagé » n'est pas seulement une affaire de bouffe. Comme jeune missionnaire dans un autre pays, je découvre vraiment l'importance du rassemblement autour de la table. Tous les membres de notre communauté ont des journées bien remplies et diversifiées. Alors, les repas deviennent des lieux de rencontre fondamentale pour partager ce que nous vivons et ce que nous sommes. Dans ce repas, il y a bien plus que la nourriture qui est partagée. Il y a chacun d'entre-nous qui est partagé. Par conséquent, tout ce que nous sommes et ce que nous vivons est présent : nos efforts et nos fatigues de la journée, nos succès et nos défaites, nos rêves et nos inquiétudes, tout y est. Cela donne toujours de bons échanges entremêlés d'humour et de taquinerie.

Nous commençons la journée avec le partage de l'Eucharistie, dans lequel le Christ lui-même est reçu en nourriture. Par le fait même, ce rassemblement autour de l'autel accroît la communion entre nous et spécialement notre union au Christ. Comme la nourriture sert à restaurer les forces perdues, l'Eucharistie fortifie la charité qui, dans les tumultes de la vie quotidienne, tend à s'affaiblir et il est la somme et le résumé de notre foi. Voilà plus de huit ans que je vis cette communion de façon quotidienne et je commence à mieux comprendre tout le trésor spirituel que contient ce sacrement de l'amour.

L'étranger et la mission

Le repas eucharistique, c'est déjà le ciel sur la terre, car Jésus nous a présenté le Royaume des Cieux comme une table de banquet où lui-même servira ses amis (cf. Lc 12,37). Par le fait même, je comprends davantage la mission de l'Église qui nous invite à être prêts à tout moment pour le partage du pain et du vin avec l'étranger sur la route d'Emmaüs (cf. Lc 24,30-31). Alors, s'il vous arrive de voir un passant vous demande un peu de pain à manger sur les routes, c'est peut-être le jeune homme de Nazareth de passage au Québec à la recherche d'un bon « repas partagé ». ?

* Originaire de St-Isidore-de-Beauce, il est candidat au sacerdoce missionnaire. Il étudie présentement la théologie à Nairobi. Courriel : denis@kenyamission.org