Ça se passe au Kenya
Dangereux virage politique au Kenya
Comment expliquer qu'à quatre mois des élections présidentielles au Kenya, le président Daniel Arap Moi ait limogé son bras droit, celui-là même qui est considéré comme son dauphin et qui a dirigé son gouvernement depuis treize (13) ans ? Au pouvoir depuis 1978, et alors qu'il est constitutionnellement disqualifié pour cette prochaine course au perchoir, pourquoi le vieil homme de 78 ans joue-t-il son va-tout pour faire passer " son " candidat même au prix de l'unité de son propre parti politique, l'Union nationale africaine du Kenya (KANU)?
Guerre entre les prétendants à la succession de Arap Moi
Le vice président kenyan George Saitoti a donc été simplement écarté le 30 août dernier pour avoir osé braver la volonté présidentielle. C'est qu'à la mi-août, après un voyage aux États-Unis, il avait déclaré son intention de se présenter à l'élection présidentielle, alors que le chef de l'État, de son côté, venait d'annoncer sa volonté d'initier à la politique, Uhuru Kenyatta (41 ans), qu'il entend présenter comme candidat de son parti au pouvoir.
Une telle sanction ne peut se comprendre qu'à la lumière de l'enjeu du scrutin de décembre prochain qui doit sceller la fin de l'" ère Moi ". Dès les années 1980, l'homme avait régné d'une main de fer sur le pays par un parti unique, puis réussi à se maintenir au pouvoir après l'instauration du multipartisme, tout en acceptant de se plier à la nouvelle Constitution qui lui interdit un troisième mandat. Depuis, la guerre entre les prétendants était ouverte.
Alors que l'opposition s'enlise dans son incapacité à s'unir, le président Moi entend rester maître du jeu jusqu'au bout en entretenant des rivalités dans le parti au pouvoir. En mars, il convainquit Raila Odinga, un ancien leader de l'opposition, d'intégrer à la KANU son Parti démocratique national (NDP), fort du poids électoral de ses partisans de l'ethnie Luo, dans l'ouest du pays. Raila Odinga, lui aussi, espérait être le candidat de la KANU.
C'est au congrès spécial en mi-octobre prochain que sera désigné le candidat du KANU. Alors que les prétendants rebelles (George Saito et Raila Odinga), réunis au sein d'une alliance " Arc-en-ciel " prônent le vote libre pour le choix du candidat, Arap Moi insiste pour que le choix se fasse par acclamation.
D'aucuns expliquent que cette manœuvre de Daniel Arap Moi, est motivée par la malléabilité du jeune Kenyatta. Mais d'autres suggèrent qu'une fois la transition opérée, M. Moi aura grand besoin d'éviter d'être exposé par son successeur à la justification de son importante fortune, constituée au cours de ses vingt-quatre années à la tête de l'État.
Tout scrutin électoral est une poudrière en puissance
L'inquiétude, c'est qu'en Afrique, tout scrutin électoral est une poudrière
en puissance. Derrière Uhuru Kenyatta se tient toute l'ethnie des Kikuyus et leurs
puissants hommes d'affaire, une ethnie et son élite qui patientait depuis 25 ans.
Ainsi que le rapporte la Human Rights Watch, la KANU avait eu le monopole de l'organisation
de la violence électorale lors des élections générales de 1992 et 1997, une violences
orchestrée au plus haut niveau ; une force quasi-militaire, dit l'organisation,
composée d'attaquants bien formés et bien armés a perpétré des attaques brutales
contre des civils originaires d'autres groupes ethniques, dans les zones autour
de Mombassa, dans la province côtière (Coast Province).
Pour ces prochaines élections, les hommes politiques, que ce soit au sein du parti ou dans l'opposition, se sont
constitués des milices, ouvertement armées de machettes et de gourdins, voire,
même d'armes à feu. Et Dieu sait qu'il y aura toujours des candidats malheureux
! Que se passera-t-il si ceux-ci lâchent leurs chiens?
par Brice Davakan, lundi, 23 septembre, 2002