La Société des Missions-Étrangères / Nos destinations / Kenya

Lettres de Bernard Duquette, p.m.é., aux tragiques lendemains des élections au Kenya

Avec photos du :

Mardi, 26 février 2008

Il y a près d'un mois que je n'ai pas envoyé de nouvelles collectives sur la situation du Kenya, car durant tout ce temps, les efforts de médiation présidée par Khofi Annan se sont poursuivis avec des hauts et des bas. Un long processus qui piétine malheureusement.

À chaque jour, la commission arrivait à un accord de principe principalement sur les termes d'un partage de pouvoir et Khofi Annan annonçait une proclamation très prochaine de l'entente, mais le lendemain, les membres de la commission arrivaient avec une remise en question et on reprenait encore et encore les mêmes points litigieux.

Aujourd'hui, Khofi Annan visiblement affecté et fatigué, a dit que les travaux de la commission étaient suspendus et il ne cachait pas la gravité de la situation. Il dit qu'il veut désormais travailler avec les deux leaders pour traiter clairement avec eux des points délicats, car il voit que rien ne sera possible sans le consentement des deux hommes (Kibaki et Raila) mais surtout de Kibaki qui continue à se proclamer "the duly elected President of Kenya" giflant à chaque fois l'opposition qui a une très large majorité de d'élus au Parlement.

Entre temps, les élections municipales ont eu lieu dans le pays et encore ici, l'ODM (le parti de Raila) a raflé la majorité des postes mais, à Nairobi, le même scénario se répète avec un tête à tête entre les deux principaux candidats et la bataille a pris aussitôt dans les locaux de la municipalité. On ne sait pas encore comment tout cela va se résoudre.

Alors, ne cessez pas de prier pour le Kenya car ces prochains jours et semaines seront déterminants pour son avenir. La vie dans la capitale se déroule à peu près normalement mais ailleurs, les centaines de milliers de déplacés vivent des temps difficiles et, dans plusieurs endroits, on craint les épidémies dues au manque d'hygiène.

Restons donc unis par la prière et faisons tout pour bâtir des ponts de paix là où nous sommes.

Mardi, 29 janvier 2008

La nuit dernière, vers minuit trente, un jeune élu du parti de ODM, membre du parlement récemment constitué, a été tué par balles alors qu'il arrivait en voiture à la porte de sa résidence située dans notre quartier (tout près de la paroisse de Guadalupe). Cet acte de violence contre un député de l'opposition soulève encore plus la colère des gens et l'armée a dû intervenir toute la matinée avec des bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants et ils ont même lancé de ces bombes dans la cour de la maison du défunt alors que toute la famille y était rassemblée. La veuve criait devant les caméras: "Ils ont tué mon mari et maintenant ils veulent aussi nous tuer!" Il est certain que les gens de Kibera tenteront de sortir pour exprimer leur colère et déjà, nous entendons des bruits de balles à l'entrée près d'ici car les soldats bloquent cette importance sortie que plus de 300,000 personnes empruntent chaque jour pour aller travailler.

Inutile de vous dire que cela jette de l'essence sur le feu et nous ne savons pas à l'heure qu'il est, ce que nous réserve l'avenir. Une chose est sûre, cette "guerre" prend des tournures alarmantes qui peuvent facilement freiner tous les efforts de médiation internationale effectués pour stopper cette spirale de violence incroyable. On parle de plus en plus d'épuration ethnique et le crime de cette nuit contre un Luo aura des conséquences funestes pour des milliers de personnes.

Nous sommes alertes et prudents et nous sentons la présence de beaucoup de gens comme vous et des ami-e-s missionnaires qui appellent pour nous offrir l'hospitalité si nous en voyons le besoin.

Merci de veiller avec nous et ce grand peuple du Kenya.

Dimanche, 20 janvier

En ce jour où nous prions pour l'Unité des Chrétiens, j'arrive de célébrer la messe de 8:30 à la paroisse de Guadalupe. Il pleut abondamment depuis mercredi. Nous sentions l'assemblée très attentive ce matin après une semaine de manifestations violentes dans tout le pays qui se solde par une centaine de morts et des milliers de blessés. Le pays est en deuil et les visages expriment crainte et tristesse mais en même temps, une espérance tenace en un avenir meilleur.Les gens de Kibera vivent des nuits angoissantes dans la crainte de représailles annoncées par les "Mungiki", un genre d'escadron de la mort des Kikuyus. Un groupe similaire des Luos serait parmi ceux qui ont détruit tous les commerces appartenant à des Kikuyus dans Kibera et ailleurs. Bref une guerre de clans qui va bien au-delà de la querelle politique engendrée par le résultat des élections. Le chemin de fer traversant Kibera qui va vers l'ouest du pays et l'Ouganda et le Rwanda, a été détruit. Cela paralysera le transport ferroviaire si important pour ces pays.

Hier soir les nouvelles transmettaient l’appel à l’aide d’un moine trappiste ; environ 600 personnes (des Kikuyus) étaient réfugiées dans le monastère qui était, au moment où il parlait, entouré par une foule en colère qui menaçait de brûler les bâtiments si les gens n’en sortaient pas. Nous ne savons pas ce qui est arrivé. Cette violence folle nous sidère.

Le parti de l'opposition (ODM) a déclaré qu'il changeait sa stratégie d'action. Il appellerait au boycott des entreprises appartenant à l'entourage de Kibaki, au lieu des manifestations massives. Mais hier soir, l’ODM appelait à un autre rallye "pacifique" pour les morts pour jeudi prochain.

Nous sommes appelés à accompagner les personnes traumatisées ou très secouées par ces événements. Je vois combien mes deux années de formation à l'IFHIM (Institut de Formation Humaine et Intégrale de Montréal) me donne des outils pour aider des personnes à se remettre debout et à trouver des chemins pour construire des ponts pour que la paix soit possible. Nous avons tellement besoin de vocations pour humaniser notre monde d'aujourd'hui!

16 janvier

Aujourd'hui, la journée a commencé normalement. Tout était ouvert et les gens sont allés travailler. Les escarmouches (L'opposition a convoqué à une marche pour la paix, ce mercredi) se sont localisées à Kibera et au centre-ville. On compte 6 morts à Kibera, semble-t-il. Gilles et Magella pouvaient écouter les coups de feu chez eux, dans Kibera. Ici, à l'entrée de Kibera, il y a eu aussi une présence massive de soldats qui empêchaient les gens de sortir. Ailleurs dans le pays, à Eldoret et Kisuma, la foule était immense et la police et l'armée n'ont rien ménagé pour disperser les gens. La tension est donc encore très grande. Les manifestations se continueront demain et vendredi. Nous voyons que cela risque de se prolonger si aucun accord n'est signé. Le pays s'appauvrit de jour en jour avec notamment 50,000 emplois perdus dans le domaine du tourisme, qui est la première source de revenu au Kenya. Tous les parcs et réserves naturelles sont fermés. Les prix ont monté en flèche, en commençant par l'essence qui arrive à $1,50 le litre. Tout cela est très triste pour ce beau pays qui faisait l'envie de tous ses voisins. Maintenant ce sont des Kenyans qui se réfugient en Ouganda.

Nos étudiants sont partis ce matin avec leurs valises au cas où les manifestations auraient bloqué les routes. Nous avons parlé avec les missionnaires de la St-Patrick Society qui vivent tout près de Tangaza qui acceptent avec joie de les recevoir si nous jugeons plus prudent qu'ils ne reviennent pas. Nous vivons la mobilité sous toutes ses formes car nos plans changent sans arrêt depuis le 30 décembre. C'est par ailleurs une dimension importante de la vie missionnaire. Notre petit groupe s'adapte très bien à tout cela et l'esprit d'entraide règne entre tous.

Musa et Mosses, nos deux jeunes étudiants en philosophie sont revenus avec plusieurs récits d'horreur et nous voyons qu'ils auront besoin d'aide. Samedi, le 26 janvier, nous aurons une récollection qui aura comme objectif de commencer un processus de guérison. Par exemple, quand la confiance est détruite face à un groupe ou une tribu, comment pouvons-nous y remédier? Musa dit qu'il ne pourra plus jamais faire confiance à un Kikuyu mais, en même temps, il est allé, au risque de sa vie, sauver un de ses amis Kikuyu vivant dans une région Luo très hostile aux Kikuyus et qui aurait pu être tué. Comment ne pas voir dans ce fait l’amour agissant au cœur du drame.

Voilà pour le moment. Merci de veiller avec nous.

11 janvier 2008

Les pourparlers avec le médiateur et autres personnalités d'Afrique, comme les anciens présidents réunis à Nairobi ces jours-ci, se sont soldés par un échec. Les leaders de l’opposition viennent tout juste d'annoncer "avec regret" trois jours de manifestations à travers tout le pays, mercredi, jeudi et vendredi. Le chef de la police nationale a tout de suite averti que les forces de l'ordre allaient empêcher ces rassemblements. Si cela se réalise, on peut s'attendre à de graves émeutes dans le pays et les classes qui doivent recommencer lundi risquent d'être interrompues pour un temps.

Je vous invite à prier avec nous afin qu'un miracle sauve ce pays d’une catastrophe humanitaire et économique. On recommençait lentement à revenir à la normalité même si les blessures sont encore vives chez toutes les personnes qui ont subi la violence parfois extrême de la semaine dernière. Rien ne laisse présager un assouplissement des positions et le gouvernement de Kibaki reprend son travail parlementaire mardi le 15, et cette première session parlementaire s'annonce déjà tumultueuse.

Tout le monde va bien ici et garde un bon moral malgré la précarité de la paix sociale actuelle.

9 janvier

Je continue mon carnet afin de vous tenir au courant de notre vie durant ce temps de crise. Bien souvent ce sont ces moments qui nous permettent de rencontrer des personnes souvent inaccessibles. Ce fut le cas aujourd'hui. Ce matin je recevais un téléphone de Carole Soros dont le mari travaille au Haut-Commissariat du Canada à Nairobi. Elle m'avait écrit pour me demander comment acheminer l'aide qu'elle avait récoltée du personnel de l'Ambassade et je lui avait suggéré de nous la remettre pour la distribuer à travers le réseau de la paroisse. Ce matin elle m'annonçait qu'elle venait avec son mari et une délégation dont M. Ross Hynes, Haut-Commissaire du Canada avec son épouse et une femme qui travaille à l'Immigration. Vers 14h 30, trois véhicules 4x4 rempli, avec les plaques diplomatiques rouges et le drapeau du Canada sur le devant, arrivaient chez nous. Quand on pense que depuis six ans, nous n'avons jamais pu avoir un rendez-vous avec les deux ambassadeurs précédents!

Pour recevoir les dons, nous avions invité Raul, missionnaire mexicain de Guadalupe, qui est curé de la paroisse. Nous avons offert à nos invités une petite tournée dans Kibera pour qu'ils voient par eux-mêmes l'ampleur des dommages. Nous avons utilisé notre minibus pour ne pas attirer trop l'attention des gens. Tous étaient stupéfiés du spectacle sinistre qui s'offrait à leurs yeux. Nous sommes allés visiter l'endroit où environ 1500 personnes sont réfugiées et dont je vous ai déjà parlé dans un message antérieur. Ce fut une bonne visite d'une heure environ.

J'ai félicité M. Hynes pour son commentaire de la semaine dernière à la télévision. Il a dit qu'il n'avait pas l'intention de féliciter Mwai Kibaki pour son élection et qu'il voyait bien les évidentes irrégularités du processus électoral qui ont mené à cette crise. Il compte désormais acheminer l'aide canadienne à travers les ONG plutôt que les institutions gouvernementales.

Ils étaient très heureux de leur visite et ils nous ont assurés de leur appui. Rien n'arrive pour rien et je suis heureux que cette rencontre avec l'ambassadeur se fasse au début de son terme de trois ans.

8 janvier

Aujourd'hui nous avons accompagné nos amis de la Croix Rouge dans une opération périlleuse à l'intérieur de Kibera cette fois. Cette entrée dans le slum nous a permis de voir l'ampleur des dégâts. Dans le secteur d'Olympic, on dirait une ville sinistrée; tous les commerces ont été incendiés et détruits. À Kianda, la même chose. C'est désolant à voir.

Les camions de la Croix Rouge se sont dirigés à Kianda avec les supposés dirigeants du secteur qui devaient assurer l'ordre et la sécurité. Il fallait voir la foule sortir de partout et courir derrière les camions. Avec les jeunes, j'avais pris notre minibus et nous suivions les camions jusqu'au moment où j'ai décidé d'aller stationner la voiture dans la cours de la maison où Gilles et Magella vivent. Ce fut une bonne idée!

On avait désigné l’enceinte d'une église orthodoxe pour la distribution de l’aide. Une foule nombreuse avait déjà eu le temps de s'y engouffrer ... Les pourparlers commencèrent pour savoir comment on ferait. Tout le monde criait…Après une heure où personne n’arrivait à ordonner personne, des jeunes hommes dont plusieurs étaient ivres, sautèrent dans les camions et ce fut la cohue générale. Nous nous sommes retirés à distance pour assister à un pillage en règle. Les femmes avec leurs petits bébés étaient là à regarder, impuissantes, toutes les vivres s’envoler dans toutes les directions. En fait, une liste de 600 personnes inscrites en raison de leurs grands besoins, avait été faite, mais plus rien n'allait arrêter l'hystérie de cette foule.

Au lieu d'aider les gens, cette action n'aura réussi qu'à les diviser davantage. L'aide humanitaire est une arme à double tranchant... Cette scène sera certainement sur toutes les chaînes et journaux du monde car les journalistes étaient nombreux... Ne vous étonnez pas si vous croyez voir des visages connus...

Le président Kibaki a présenté la moitié des ministres de son nouveau ouvernement cet après-midi, ce qui vient de tout foutre en l'air. Raila Odinga a annulé la rencontre que les deux hommes devaient enfin avoir vendredi! C'est une très mauvaise nouvelle qui n'annonce rien de bon pour les prochains jours. Une point d'espérance avait commencé à poindre et nous voyons tous à quel point Kibaki est un homme insensible au drame de son peuple et complètement hermétique à une solution pacifique de la crise. La communauté internationale, tous les chefs religieux du pays, l'ordre des avocats du Kenya, et des dizaines de personnes influentes, tous dénoncent l'illégitimité du résultat des élections présidentielles, mais Kibaki semble vivre dans un autre monde et, pendant que les gens s'entretuent, il souhaite une Bonne Année de bonheur et prospérité et remercie la nation pour la confiance qu'elle lui porte... Provoquant!

Merci de prier avec nous pour ce beau et grand peuple du Kenya.

7 janvier

Bonjour, voici quelques photos de notre journée d'aujourd'hui avec la Kenyan Red Cross dans le Jamhuri Park où plusieurs milliers de personnes vivent depuis que leurs maisons ont été détruites par le feu. Nous vivons entourés de gens extraordinaires de toutes provenances, de toutes religions et tribus dans l'unique but de secourir ceux qui souffrent dans cette terrible crise. Vous voyez beaucoup de jeunes heureux de se sentir utiles et ces amitiés dureront longtemps. Une bonne nouvelle vient d'être annoncée: le meeting de demain a été annulé par le parti d'opposition afin de donner aux négociations en cours une chance d'aboutir. C'est un grand soulagement. Nos prières ont été exaucées!

5 janvier

Aujourd'hui nous avons participé à la distribution de nourriture avec la Croix Rouge à Kibera tout près de chez nous. Ce fut toute une expérience que d’affronter le chaos d’une foule qui a faim. Notre contribution fut très appréciée. Les soldats sont intervenus quand la foule a forcé les portes de l'enceinte et s'est précipitée sur les camions. Après de longs pourparlers, le calme est revenu et les soldats sont partis. Des jeunes ont accepté de nous aider à ordonner les colonnes des gens en attente. Demain, dimanche, nous irons dans une autre partie de Kibera où près de 3000 personnes se sont réfugiées après avoir tout perdu dans leurs maisons incendiées. Des religieux et religieuses avec des communautés chrétiennes se déploient dans différentes régions dans une action concertée d’aide. Certains iront visiter les malades qui ne peuvent pas bouger. J'irai avec quelques séminaristes aider à la distribution de repas après la messe. Notre sens de l'organisation peut certainement aider. Bref nous faisons ce que nous pouvons pour rejoindre les plus pauvres. Plusieurs d’entre eux ont été violentés et plusieurs femmes abusées sexuellement. Un travail de restauration sera aussi demandé pour ces personnes.

4 janvier

La journée d’aujourd’hui a été calme à Nairobi mais c’est un calme très fragile. Plusieurs actes de vandalisme voire de cruauté se commettent à Kibera et ailleurs : viols, castrations, agressions de toutes sortes. La paroisse de Guadalupe est en état d’alerte à cause de plusieurs messages menaçants reçus qui annoncent que l’église sera détruite sous peu. Les prêtres ne couchent plus là et les messes de la semaine sont annulées. Pas très encourageant.

Malgré tout, nous avons pu faire notre évaluation du semestre dans un climat assez détendu dans les circonstances. Notre groupe a beaucoup mûri et l’esprit est excellent entre nous. Les plus jeunes, Musa et Mosses, n’ont pas encore pu arriver à Nairobi car les routes sont bloquées et plusieurs autobus qui se risquent à voyager sont interceptés et brûlés. On se dirait au Far-West!

Desmond Tutu a rencontré la président Kibaki aujourd’hui et celui-ci s’est dit prêt à former un gouvernement de coalition, projet que l’opposition refuse catégoriquement. C’est donc l’impasse! Personne ne peut prédire ce qui adviendra mais le pays prend une tangente dangereuse aux dires de tous les observateurs. C’est la pire crise traversée par le Kenya depuis son indépendance.

L’année académique qui devait commencer lundi le 6 janvier est reportée au 14 dans tout le pays et l ’Université de Tangaza a annoncé qu’elle suivrait la même directive. Plusieurs pays dont la France ont envoyé des avions pour ramener leurs concitoyens en vacances au Kenya. Le Canada n’a pas encore donné de telle directive. Nous aurons peut-être à discerner un plan «B» si les choses continuent à se détériorer. Les étrangers ne sont pas visés dans ce conflit et aucun incident indique le contraire jusqu’à date.

Voici quelques photos prises ce matin dans Kibera après les émeutes des derniers jours. Une vue impressionnantes du fameux marché Toi, avec ses 2500 kiosques réduits en cendres. Le plus gros problème maintenant est la nourriture qui manque partout. On attendait par centaines les secours de la Croix Rouge qui ne sont pas venus et, finalement, la police a dispersée les gens avec des bombes lacrymogènes... Pendant ce temps, où sont les leaders politiques? La rumeur de nouveaux meetings plane dans l'air et plus la population aura le ventre vide, plus la violence sera grande.

Voilà pour maintenant. Continuez à prier fort pour que l’amour et la vérité se rencontrent, et la justice et la paix s’embrassent…

1 janvier

C’est le 1er janvier 2008 et il est 11h du matin ici à Nairobi.   Vous avez probablement entendu parlé de la crise que le pays traverse suite aux élections présidentielles.  Nous revenons tout juste de la messe à la paroisse.  Nous avons eu la surprise de voir arriver le Cardinal John Njue, récemment nommé le nouvel Archevêque de Nairobi.  Après les événements des derniers jours où plusieurs actes de violence se sont déroulés dans le bidonville voisin de Kibera, il est venu dire sa solidarité et inviter à garder l’espérance pour l’année qui commence.  Ses paroles ont été réconfortantes.  Aujourd’hui tout est calme dans la ville, mais l’église était à moitié vide car les gens ont encore peur de sortir.  Les 2500 kiosques du  grand marché de Kibera, ‘Toi Market’, ont été entièrement saccagés et brûlés, ce qui représente une lourde perte pour ces petits commerçants.  Raila Odinga, le leader de l’opposition, a annoncé hier qu’un meeting se tiendrait le 3 janvier « pour sauver la Constitution du pays » fondée sur la justice.  Il refuse catégoriquement le résultat des élections en allégeant, preuves à l’appui, de nombreuses irrégularités dans le recomptage des votes effectué par la Commission électorale du Kenya.   Aujourd’hui, les centres d’achat ont rouvert leurs portes ce qui va permettre à bien des gens de se ravitailler.

Vous devez vous demander si nous sommes en danger?  Bien que nous soyons proche de Kibera, notre secteur est en sécurité et très protégé à cause des deux ambassades qui y sont situées.  Nous communions cependant à ce que vit le peuple qui nous entoure.   Nous sommes prudents n’en doutez pas.  Ayant vu pire lorsque j’étais au Pérou, je crois qu’en fin de ligne, notre amour des plus pauvres est notre meilleure protection.   Pour ma part, ce qui est arrivé me fait mal car tout ressemble à un coup d’État bien orchestré sous le couvert de démocratie.  C’est horrible de voir Mwai Kibaki jurer sur la Bible sa fidélité au peuple du Kenya qui l’a élu pour un nouveau mandat et ce, dans une cérémonie privée célébrée au milieu d’une poignée de ministres déchus. Et en même temps, de voir les cris de colère de la population qui se sent trahie et salie devant cet acte irrespectueux.   C’est sans doute dans ces moments de crise que comme missionnaires, nous devenons plus nécessaires que jamais.

  
Dans le journal d’aujourd’hui, les Commissaires de la Commission électorale reconnaissent qu’ils sont eux-mêmes à blâmer pour ce qui arrive, ce qui donne espoir, car une Commission indépendante semble avoir été formée pour recompter les votes.  Inch’Allah!


Je vous invite donc à veiller avec nous en cette Journée mondiale de la Paix pour que cette paix vienne.  À la fin du message du Cardinal ce matin, la Présidente de la célébration a souhaité que la Conférence Épiscopale dont il est le président, ne se contente pas uniquement de parler de paix mais qu’elle puisse aussi dénoncer les causes de cette violence qui a coûté la vie à près de 200 personnes jusqu’à date.  Les gens ont applaudi bruyamment …  Nous verrons la suite.


Alors je termine ici en vous souhaitant une Bonne Année 2008.  La cause de la Paix n’est pas seulement pour les peuples en conflit mais appartient à chacun de nous.  Puissions-nous nous faire créatifs pour trouver les moyens de la construire partout dans nos milieux respectifs et peut-être aussi un peu au-delà de nos frontières.

 
Soyez en paix entre vous d’abord et alors, la Paix viendra!