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De l'Inde au Japon :
les droits des jeunes travailleurs et travailleuses!

Jacques Grenier (1), est accompagnateur du mouvement des jeunes travailleurs chrétiens du Japon, où il vit depuis 1976.

En mars 2002, j'étais en Inde pour participer à la rencontre des accompagnateurs nationaux des différentes sections de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) du continent asiatique. Ce parcours dans un pays débordant de vie et de bruit, je l'ai passé à m'imbiber de l'image éblouissante de villes et de villages pittoresques, scrutant de vastes régions touffues de verdure, ou encore observant de jolis lopins cultivés. Ébloui, mon regard a croisé une multitude de femmes, toutes en saris multicolores, et des hommes, en apparat plus ou moins dérivé. Bien que cela soit le quotidien par ici, moi, je suis conquis. Et des jeunes, des jeunes et encore des jeunes !

Jacques Grenier, p.m.é. accompagne le mouvement des Jeunes travailleurs chrétiens (JOC) à Kawasaki, au Japon.

Une société multiple et effervescente
Ce déplacement vers le Sud m'a permis de découvrir une société indienne effervescente, complexe, fébrile, grandement adonnée aux technologies de l'information et de la communication, mais aussi happée par l'inquiétude d'un conflit avec le Pakistan. C'est tout de même une société orientée vers des objectifs qui mobilisent, qui colorent la vie. Elle m'est apparue bien différente de mon Kawasaki familier, au Japon, qui abrite de plus en plus de jeunes qui gardent silence, isolés avec le casque d'écoute de leur chaîne stéréo, ou obnubilées par le mini, mini, mini-écran du portable.

Des millions de jeunes qui s'isolent
Près d'un million de jeunes japonais se retrouvent actuellement dans un état de non-communication radicale avec leur entourage. Les hikikomori, "jeunes en retrait social", comme on les appelle ici, s'isolent pendant des années de toute relation humaine le moindrement dense. Ils restent carrément dans leur chambre et vivent à l'envers: ils dorment le jour, et le soir écoutent la télévision ou jouent à des jeux vidéo. On applaudit à chaque nouveau jeu vidéo ou à chaque innovation informatique tout en étant de plus en plus renvoyé à un espace personnel où bientôt on pourra tout faire sans sortir de chez soi.

Les jeunes découvrent la force d'être ensemble et la joie de fêter ensemble les avancées.

Détresse sociale et individuelle
Un jeune homme m'appelle pour me dire qu'on vient de le congédier sur-le-champ pour avoir un peu trop manifesté son désarroi à la boulangerie où il travaillait. Une jeune femme me rejoint par courriels furtivement rédigés sur son portable, au travail. Elle bosse dans une agence de voyages où, -c'est la nouvelle règle- toute formation élémentaire de l'employée est négligée: "Utilise ton temps libre pour te familiariser avec les horaires de train, les tarifs hôteliers, etc..."

Les "compagnons" ou "compagnes" de travail sont chargés de mesurer la capacité, le talent des pairs et ils le font inflexiblement parce que pris de panique à leur tour. Les chefs se délectent du spectacle, sûrs que d'autres jeunes attendent aux portes, jetables et interchangeables. Même un technicien en installation de logiciels chevronné, à l'emploi d'un gros fabricant d'automobiles, doit rogner sur son temps libre et sur son argent de poche pour s'initier aux nouveaux logiciels. Avec de la chance, il sera le seul à les maîtriser dans son entourage. À une rencontre de la JOC, une fonctionnaire du gouvernement métropolitain nous avouait qu'elle était tellement "habituée" à faire du temps supplémentaire que, lors d'un congé, elle ne pouvait que dormir ou traîner chez elle sans pouvoir même parvenir à se rappeler ce qui l'intéressait naguère dans la vie, à l'époque où elle jouissait d'un horaire plus humain... Hallucinant !

Redécouverte des droits !
Cette année, la Jeunesse ouvrière chrétienne du Japon a choisi de faire redécouvrir les droits fondamentaux des jeunes travailleurs. On ne les connaît pas, même les plus élémentaires. Concrètement, la JOC mène un sondage sur les conditions de travail. Les modalités d'embauche sont maintenant devenues si nombreuses et sauvages, que dans notre questionnaire, nous avons plus de huit choix : emploi stable; temporaire; à contrat dans un projet; à contrat limité; à temps partiel; pour une durée limitée; par intérim; à votre compte; autre. Difficile de s'y retrouver ! La campagne des jeunes contre le secteur informel de l'activité économique a aussi pour objectif de maintenir et de renforcer les divers codes du travail qu'ils estiment les meilleurs.

Membres militants de la JOC lors d'une rencontre à Kawasaki.

Intéressés par le mieux-vivre.
Malgré les différences de situations, la jeunesse asiatique partage les mêmes attitudes, à la fois enjouée et inquiète, quoique sous des dehors contrastés. Mondialisation oblige? Oui, et pour cette même raison, il y a fort à parier que le mieux-vivre se mette à intéresser de plus en plus tout ce jeune monde en même temps. Les jeunes découvrent la force d'être ensemble et la joie de fêter ensemble les avancées..

(1) * Natif de Bienville, au Québec, Jacques Grenier exerce son ministère à Kawasaki où il agit à titre de coordonnateur national de l'accompagnement de la J.O.C. du Japon.
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"NOUS NE POUVONS PLUS ATTENDRE !" Un travail juste pour tous les travailleurs et les travailleuses du secteur informel.
Document de la JOCI

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