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Des coopératives en quartier populaire
Ivonne Martínez (1)

Magasin communautaire créateurs de solidarité populaire

Dilcia Menjívar González est à la tête d’une famille monoparentale et vit avec ses trois enfants dans le quartier pauvre Los Pinos. Pour gagner sa vie, elle travaille depuis des années, de sept heures du matin à cinq heures de l’après-midi, comme domestique dans une résidence de Tegucigalpa. Avec son salaire de 800 lempiras, équivalent à 80$CAN par mois, Dilcia fait des miracles pour pouvoir subvenir aux besoins de ses enfants.

La plus grande part de son salaire va à l’achat des aliments dont les prix ne cessent de monter ces dernières années. Mais Dilcia dit qu’elle réussit à économiser quelques lempiras en achetant dans les deux magasins communautaires, les Tiendas de Abastecimiento Comunitario (TAC), installés dans son quartier depuis cinq ans. Elle y trouve des prix beaucoup plus bas que partout ailleurs.

Au moment de notre visite au TAC de Los Pinos, en plus de Dilcia, d’autres personnes effectuaient leurs achats. Elles étaient unanimes à nous confirmer que les prix y étaient très bas et que cela les aidait à réaliser des économies. Les TAC appartiennent aux gens du quartier qui, avec Dilcia, ont mis le capital nécessaire pour fonder ces magasins dont tout le quartier profite. En matière de développement socio-économique, ils constituent sans aucun doute une des initiatives les plus utiles pour ces personnes à faible revenu.

Jean-Louis Nadeau a favorisé la mise sur pied de coopératives populaires

Les premiers TAC de Los Pinos sont entrés en activité au mois de mai 1995. C’est le Père Jean-Louis Nadeau, p.m.é., curé de la paroisse Madre Dolorosa qui en a été l’initiateur. Ce dernier raconte que les débuts ont été très difficiles, tant à cause du scepticisme des gens face à une telle entreprise que des conditions de pauvreté dans lesquelles ils vivent. Malgré tout, par sa patience, il a réussi à en convaincre quelques-uns, surtout des gens de la communauté chrétienne d’abord. Ils ont relevé le défi et ont lancé le projet. Au début, le Père Nadeau a apporté un montant d’argent symbolique destiné à l’achat de maïs et de haricots. Mais le plus grand apport est venu des propres affiliés au projet.

Des avantages pour tous
Constatant les bénéfices apportés par les TAC ainsi que leur bon fonctionnement, les gens de Los Pinos s’y sont inscrits en plus grand nombre. Aujourd’hui, les 14 coopératives TAC de Tegucigalpa comptent plus de 1 500 associés.

Escolástico Núñez, gérant d’un TAC à Los Pinos, nous a dit que la plupart de ses voisins achètent dans son magasin. Son chiffre de vente quotidienne varie entre 6,000 et 7,000 mille lempiras, ce qui fait environ 200 000 lempiras par mois. Le magasin est logé dans la pièce avant d’une maison en bois. On y trouve des produits alimentaires, des boissons gazeuses, des bonbons et une grande quantité d’articles scolaires.

Parce que les gens sont propriétaires de leur magasin, ils peuvent non seulement s’y procurer des produits à d’excellents prix mais, à la fin de l’année, lors de la fermeture des livres, les associés reçoivent un intérêt de 10% sur le capital qu’ils ont investi. De plus chacun reçoit un boni correspondant au volume de ses achats.

Un réseau de coopératives en devenir
Malgré les difficultés, le Père Nadeau qualifie de très positive l’expérience des TAC. Elles enseignent concrètement la solidarité et l’action communautaire. La majorité des affiliés aux TAC sont des femmes, probablement parce que ce sont elles qui subissent le plus directement les contrecoups des hausses de prix des produits de l’alimentation. Dans certains groupes, la direction est composée uniquement de femmes. Le Père Nadeau espère visiter d’autres quartiers le jour où son équipe sera plus nombreuse. L’objectif est d’étendre ce projet d’économie solidaire dans plusieurs autres quartiers de la capitale et ensuite dans le reste du pays.

(1) L’auteure est journaliste pour La Prensa de Tegucigalpa. Elle a écrit cet article suite à un entretien avec Jean-Louis Nadeau, p.m.é., originaire de Beaumont et missionnaire au Honduras depuis 1963. Vous pouvez communiquer avec Jean-Louis Nadeau au courriel : guadalupe@cablecolor.hn