La Société des Missions-Étrangères / Nos destinations / Chine

(Extrait de la revue d'octobre 2006)

Pourquoi partir du Québec pour aller en mission en Chine?

par Lucie, laïque associée

Après tout, je suis ici chez moi! Avec les nombreuses couleurs de nos histoires individuelles, nous, qui vivons ici, formons un même réseau social. Il me semble que nous nous comprenons assez bien, que nous parlons à peu près le même langage. C’est confortable.

Même nos pauvretés collectives ont pour moi quelque chose de rassurant. Je les connais bien. Ça me permet de maîtriser ma vie : je peux alors faire beaucoup… Et Dieu sait qu’il y a ici beaucoup à réaliser! Au plan social, notre Québec a l’âme balafrée : notre individualisme, notre taux de suicide, nos intolérances sont autant de blessures à panser. Et que dire de notre Église! Les temples se vident, la foi des uns interpelle celle des autres. De nouvelles questions surgissent et nos réponses sont souvent muettes de sens. Tout est à réinventer… C’est difficile. Mais quel beau défi à relever!

Quand je pense qu’en Chine je devrai apprendre le mandarin … tu parles! Moi qui ai l’écriture et la parole faciles et, dit-on, assez efficaces, je risque de devenir bientôt fort silencieuse. Maladroite. Ignorante. Inconnue. Finis les certitudes, les habitudes, les coude-à-coude rassurants avec celles et ceux qui m’entourent : c’est toute une sécurité que je n’emporterai pas dans mes bagages. Tous ceux que j’aime et qui m’apprennent à vivre m’ont façonnée. Ces hommes et ces femmes m’ont aidée à développer mes forces, à accepter mes limites et à mieux aimer. Voilà l’essentiel de ce que je vais emporter en Chine.

Alors pourquoi partir? Parce qu’il y a cette force qui me pousse dans le dos. Parce qu’il y a cette voix qui me souffle à l’oreille que je dois prendre tout ce que j’ai reçu et le partager. Parce qu’elle me répète sans cesse que j’ai besoin de me convertir. Parce que je devrai laisser ici mes fausses sécurités, mes petites vérités friables : dépouillée de tout ce que je crois savoir, je pourrai peut-être tenir avec plus de confiance la main du Seigneur et Le suivre plus étroitement. Appauvrie, peut-être saurai-je davantage puiser ma force dans le Christ pour continuer de me convertir et mieux témoigner de sa Bonne Nouvelle!