La Société des Missions-Étrangères / Nos destinations / Canada

(extrait de la revue de juin 2007)

Comme un parfum qui m'accompagne

par Édith Beaupré (1)

De l’Amazonie à Montréal, parcours semblables… C’est ce qu’affirme Edith Beaupré, ancienne missionnaire laïque au Brésil. Elle fait le lien entre son expérience à l’étranger et ses défis d’aujourd’hui comme enseignante à Montréal dans une école primaire un peu particulière.

De l’Amazonie à une école primaire de Montréal

Quelles sont les similitudes entre mon expérience missionnaire vécue en Amazonie brésilienne et mon contrat de remplacement dans une école primaire franco-québécoise? Cinq ans plus tard, voici ce que j’ai trouvé à partir de mon histoire personnelle.

Sur la "route" de Caapiranga, village d'Amazonie où Edith a vécu.

En 2004, j’ai été engagée dans une école primaire de la Commission scolaire de Montréal. On m’offrait de remplacer une orthopédagogue pour une durée d’un mois environ, dans une école accueillant des enfants réguliers et d’autres avec une déficience visuelle ou auditive. Je devais accompagner trois garçons malentendants de sept ans en classe régulière. Le problème, c’est que je ne suis pas une orthopédagogue qualifiée pour travailler avec des élèves ayant des besoins spéciaux. De plus, je ne connais absolument rien à la déficience auditive… Mais j’ai accepté!

Deux expériences avec de nombreux points communs

Quel que soit l’appel, pour un emploi ou pour la mission, le réflexe est toujours de dire : « Pourquoi moi? Je ne suis pas qualifiée pour ça! ».

J’ai donc décidé de me mettre en mode ouverture, écoute, observation et apprentissage. J’ai avoué mon peu de connaissance au sujet de la déficience auditive et visuelle. J’ai clarifié la notion de l’accueil dans mon esprit : il faut accueillir les autres mais surtout accepter d’être accueillie par les autres. Tout ceci m’a permis de faire de nouvelles rencontres très enrichissantes tant professionnellement que personnellement.

Comme en mission à l’étranger, j’ai découvert de nouveaux langages. Celui de la déficience auditive : vocabulaire, nom des objets utilisés avec les élèves malentendants… Celui de l’enseignement : concepts, projets, difficultés rencontrées, mode de fonctionnement, pédagogie, réforme scolaire, syndicat, cadre théorique, politique ministérielle…

Telle une missionnaire, j’ai appris à évoluer dans un monde nouveau. Dans la classe où je travaillais, je n’étais pas l’enseignante titulaire. C’était le travail d’une autre personne. J’étais située à l’arrière de la classe et je restais disponible afin d’aider les trois élèves malentendants. J’ai travaillé en équipe avec la titulaire et, comme au Brésil, des rencontres étaient planifiées pour faire des mises au point, discuter des problèmes des élèves ou préparer des activités.

Au Québec, l’aventure continue et porte du fruit

Finalement, ce remplacement d’un mois s’est terminé presque cinq mois plus tard. Depuis 2004, j’ai des contrats de remplacement dans cette école qui accueille moins de 300 élèves pour mieux s’occuper de ceux ayant des besoins spéciaux. De façon similaire, en Amazonie, je vivais dans une des plus petites villes de la région et les gens avaient aussi des besoins spéciaux. Disponibilité, capacité de s’adapter sont d’autres qualités qui m’ont servie ici et là-bas.

Edith avec une équipe de travail lors d'ubne retraite à la fin de la première année de mission au Brésil.

Actuellement, je travaille comme enseignante titulaire en 2e année. Dans ma classe, il y a un élève ayant une déficience visuelle. Je travaille avec une orthopédagogue qui lui adapte le matériel pédagogique. Je suis en apprentissage constant. Même avec mon diplôme, mes connaissances, ma qualification, mon intelligence, j’ai besoin de ma collègue orthopédagogue pour aider mon élève. Toutefois, comme au Brésil, malgré les difficultés rencontrées dans le travail d’équipe, l’enrichissement est complet.

Une plus grande facilité dans l’accueil de l’autre

Dans ma classe, il y 18 élèves et ils sont tous nés ici. Quatre d’entre eux ont leurs deux parents qui sont québécois d’origine. Les 14 autres sont d’origines différentes par au moins un des deux parents. Le jour de la rencontre des parents, je m’étais préparée afin de bien décrire les élèves dans leur cheminement scolaire. Je ne voulais rien oublier. Je voulais être professionnelle et bien perçue par les parents.

Une maman est arrivée, avec un peu de retard, s’exprimant seulement en anglais et accompagnée de mon élève ainsi que de ses deux autres enfants. Elle venait du Moyen-Orient. La compréhension mutuelle était mon unique souci. L’anglais que nous parlions laissait à désirer mais nos visages sympathiques et ouverts comblaient bien des lacunes. À l’occasion, elle s’adressait aux enfants dans sa langue d’origine et mon élève lui répondait de la même façon. À la fin de la rencontre, nous nous sommes remerciées : elle pour mon travail avec sa fille et moi parce qu’elle s’était déplacée avec ses enfants en fin d’après-midi.

Un parfum missionnaire…

Cette situation semble banale mais elle me ramène à l’essentiel de ce que j’ai vécu en mission : l’importance d’accueillir l’autre avec tout ce qu’il est et tout ce qu’il a. Ma grande préparation pour ma rencontre des parents ou mes années de formation missionnaire ont été utiles, nécessaires et très enrichissantes mais elles seraient incomplètes sans le vécu, la pratique et le concret.

Cette expérience est précieuse comme un parfum de très grande qualité qui m’aurait été offert. Le parfum ne se voit pas mais il se sent. Pour moi, cette image illustre bien mon vécu à Montréal, depuis mon retour d’Amazonie, il y a cinq ans. Je suis ce que je suis aujourd’hui parce que j’ai vécu cette expérience. Je dois avouer, bien humblement, que parfois, il n’y a que moi pour apprécier ce parfum si précieux et c’est très bien comme ça.

(1)Originaire de Rouyn-Noranda, Edith beaupré a été missionnaire laïque au Brésil de 1998 à 2002. Elle est aujourd’hui enseignante au primaire à Montréal. Courriel : ebeaupre2000@yahoo.fr