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À Phnom Penh,
un foyer familial où l'on s'éduque à la liberté

Marie-Laure Joly (1)

La famille missionnaire Ayala-Joly à Phnom-Penh
Un projet pour jeunes lycéens
Depuis octobre 2001, notre famille, René Abraham, mon mari, notre fils Samuel et moi-même sommes engagés dans un projet de foyer pour jeunes lycéens, tous catholiques ou en cheminement, âgés de 16 à 21 ans, issus de familles très modestes. Œuvre du diocèse de Phnom Penh, c'est le père Bruno Cosme des Missions Étrangères de Paris qui nous a demandé d'être responsables de ce foyer.

Trois objectifs fondamentaux
L'objectif principal est de permettre à chacun de ces jeunes, soit Savouen, Sokly, Tong, Sari, Ruth, Pkdey, Roat, Sang et Naet, de poursuivre leurs études jusqu'au baccalauréat. Ils proviennent presque tous de la ville de Phnom Penh ou de ses environs. Un second objectif : vivre l'expérience communautaire pour soutenir la croissance personnelle de ces jeunes. Le troisième objectif est peut-être le plus interpellant et mystérieux : le cheminement de foi qui repose sur la liberté de chacun.

La joie du chemin parcouru
Lors de la clôture de notre première année au foyer, le 23 juin 2002, en présence de notre équipe missionnaire, Betty, Dolly, Gustavo, Omer et Robert, de nos amis et de quelques enseignants proches des jeunes, nous avons pu découvrir le chemin parcouru. Ce fut une journée pleine d'émotion! Chacun a exprimé devant tous en quoi cette expérience de vie l'avait changé.

Un projet de foyer pour jeunes lycéens khmers issus de milieu modeste

Ainsi entendre Roat prendre la parole en public, articuler sa pensée et ses idées très clairement, lui d'ordinaire si timide et craintif; voir Pkdey plutôt taciturne et renfermé se mobiliser pour organiser et animer cette journée de fête avec énergie et créativité, voilà des instants de grâce gravés à jamais dans mon cœur ! J'étais si émue par ces touches de transformation profonde qui rendent chacun de ces jeunes plus beau encore. C'est bien dans le plus quotidien de nos faits et gestes que s'incarne Jésus dans nos vies, c'est au cœur de ce vécu dans le temps, jour après jour que germe véritablement la vie, que se forge la foi et que s'enracine l'amour de Notre Père.

La vie communautaire
Presque tous les soirs, nous nous retrouvons tous en famille pour dîner, pour nous remémorer la journée, pour prévoir des activités communautaires pendant la semaine, par exemple, des soirées-débat autour d'un thème choisi ou d'un film, des sorties culturelles, des temps de réflexion. C'est aussi le moment de rencontrer individuellement chaque jeune pour suivre de près ses études, ses horaires, les matières, le soutenir dans les moments de découragement et partager sa joie au moment de nous montrer ses résultats d'examens réussis. C'est également un instant privilégié pour revoir ensemble la vie communautaire, les difficultés, les différences de caractères et de milieux sociaux. Ces instants sont essentiels pour développer notre relation de confiance, pour être à l'écoute de ce que chacun vit et parfois ce qu'il tait. Tous les soirs, nous prions ensemble dans la perspective communautaire de garder toujours devant soi et en soi la vie de Jésus avec ses disciples et la mémoire de ses paroles renversantes d'authenticité et de vérité.

L'expérence communautaire est une terre fertile pour la croissance des personnes.

Un accompagnement personnalisé
En 2003, nous désirons approfondir cette relation d'accompagnement personnel et aller plus en profondeur dans nos partages quotidiens. Cela nous demandera des efforts renouvelés pour maîtriser davantage cette belle langue khmère surtout dans le domaine de la lecture et de l'écriture. Des premiers pas ont été franchis dans la conversation courante mais je suis persuadée que nous pouvons donner beaucoup plus de nous-mêmes dans cette rencontre par les mots, par une attitude constante d'ouverture et d'accueil. C'est bien là notre plus grande tâche, une présence de qualité.

Nous avons décidé d'offrir davantage de cours privés à la maison, surtout dans les matières qui posent le plus de problèmes : mathématiques, physique et chimie. Les études sont une priorité dans notre foyer, car c'est leur avenir qui est en jeu dans un pays où l'éducation a été complètement éliminée sous le régime de Pol Pot, il y a 25 ans à peine.

Des hommes nouveaux pour la société cambodgienne
L'expérience communautaire est une terre fertile pour la personne. Apprendre à vivre avec ceux qui ne sont pas de sa famille, accepter les caractères des autres, assumer des tâches quotidiennes non pas seulement pour soi mais pour le bien-être des autres, partager son espace, sa réalité, ses capacités jusque dans les limites de sa tolérance personnelle, son ouverture, sa responsabilité, apprendre à être aidé, épaulé, enseigné par ses mêmes compagnons. Nous ne mesurerons jamais à sa juste valeur la vie de Dieu dans le cœur de ces jeunes Khmers, ni combien de changements se seront produits discrètement et silencieusement. C'est par l'intégrité de leur vie future au sein de la société cambodgienne que des hommes nouveaux apparaîtront. Ce qui naîtra dans le cœur de ces nouveaux chrétiens sera original parce que, pétris de leurs croyances originelles bouddhistes, mais aussi grâce à l'ouverture à la vie dans l'esprit du Bouddha, leur cœur est prêt à accueillir cet Autre, Dieu Père, lui qui embrasse toutes choses dans ce cri à chaque être: "Je t´aime... et tu es entièrement libre. "

Grâce à l'ouverture à la vie dans l'esprit du Bouddha, leur cœur est prêt à accueillir cet Autre.

(1) L’auteure, Marie-Laure Joly, est une enseignante de France. Son mari René Ayala, de Bolivie, est anthropologue et leur fils Samuel est notre plus jeune missionnaire. À un an, avec son sourire il fait plein de disciples. Vous pouvez les joindre à l’adresse suivante : ayaljo@yahoo.com