La Société des Missions-Étrangères / Nos destinations / Cambodge

De la France au Cambodge
(extrait de la revue de juin 2008)

par Marie-Laure Joly, missionnaire laïque associée. (1)

Au mois d'avril dernier, des missionnaires laïques de la Société des Missions-Étrangères sont arrivés au pays afin de participer à l'Assemblée générale. Profitant de cette occasion de mieux les connaître, nous avons demandé à Marie-Laure Joly de répondre à notre questionnaire Parcours. (La Rédaction)


Marie-Laure, son mari, René Ayala, et leurs deux enfants, avec des étudiants du foyer où ils résident.

Qu'est-ce qui te passionne en ce moment?

Ce qui me passionne en ce moment, c'est de découvrir la " Voie intérieure " du bouddhisme : source vivifiante dans ma propre foi chrétienne. Cette recherche vient rejoindre mon désir toujours plus grand d'approfondir ma relation à Jésus sur le chemin du dépouillement, du détachement et de l'intégration de mon être, à la fois corps et esprit.

Ensuite, la découverte et l'exploration de la " dynamique du travail social " m'imprégner de cette approche d'accompagnement et de développement de la personne humaine. Être toujours plus près des plus vulnérables, être à leurs côtés pour les encourager à découvrir leurs propres ressources, leur potentiel à résoudre par eux-mêmes leurs problèmes et difficultés. Être témoin de cette démarche de libération de la personne en quête d'une vraie vie.

Qu'est-ce qui t'étonne le plus dans ton pays d'accueil?

Le regard... Les Cambodgiens savent lire les sentiments de ton cœur par leur seul regard. C'est en fonction de ce qu'ils voient et perçoivent qu'ils vont oser la parole ou le geste. Ils regardent d'abord pour savoir quelle attitude adopter et comment réagir face à une personne étrangère. Combien de fois ai-je pu observer les jeunes du foyer où je travaille choisir le moment propice pour se dire, attentifs à ma disposition intérieure. J'y trouve une délicatesse, un profond sens du respect des sentiments de l'autre, de ce qu'il vit ou ressent au moment de la rencontre. L'attente du moment juste pour se communiquer. C'est un apprentissage pour moi.

Quel est le plus grand défi que tu aies eu à relever en mission?

Jusqu'à maintenant, le plus grand défi que j'ai eu à relever en mission, c'est l'abandon. Être capable, au fur et à mesure des années, de me décentrer de mes références culturelles, de me détacher de mes anciens besoins quotidiens, de poser un regard neuf prêt à accueillir vraiment les dimensions de cette terre d'accueil. Être juste dans cette disposition de m'ouvrir intérieurement, l'accueillir en moi, sans comparer, chercher à comprendre ou expliquer, sans juger. Faire le vide de ce que je suis, pense ou crois pour rencontrer et accepter de me laisser remplir par ce qu'est l'autre.

Quel est l'aspect de ton travail qui t'intéresse le plus et celui qui te plaît le moins?

Ce qui m'intéresse le plus, c'est l'aspect d'animation et de formation humaine et spirituelle des jeunes du Foyer. Ce qui me plaît le moins, c'est assurer l'autorité, l'encadrement de la vie quotidienne.

Quelle rencontre t'a le plus marquée en mission?

La rencontre avec la maman de Bora, un des jeunes lycéens du Foyer. Ma visite dans cette famille m'a bouleversée intérieurement. C'est peut-être seulement à ce moment-là que j'ai compris en quoi être pauvre contient la richesse d'être parce qu'ils n'ont rien d'autre à offrir qu'eux-mêmes dans la rencontre.

Dans ton pays d'accueil, quel mot trouves-tu le plus original?

Lors de la préparation d'une célébration avec les jeunes du Foyer, la traduction d'une parole biblique tirée de la Lettre aux Philippiens m'a beaucoup frappée : " Ayez un même amour, un même cœur... ". En khmer, l'expression retranscrite choisie pour " un même cœur " est un " un cœur-foie " (chet thlaem). Bien souvent, j'ai entendu le mot " foie ". Les gens l'emploient constamment pour désigner les hépatites ou autres maladies courantes ici. Mais dans ce contexte d'amour chrétien, cette expression m'a amenée à réfléchir sur son sens. Dans le dictionnaire, elle est explicitée ainsi : avoir un cœur-foie, c'est être sensible aux besoins de l'autre et en conséquence y prêter son aide. Mais en y regardant de plus près, c'est comme si l'amour du cœur était indissociable de l'amour viscéral. Il existe comme une force dans cette unité de ce qui relie les sentiments, le domaine de l'esprit et le corps.

Pourquoi t'es-tu embarquée dans la vie missionnaire?

Il n'y a pas de raison qui justifie ma décision de m'embarquer dans la vie missionnaire. C'est avant tout la réponse à un appel. Cette réponse est le fruit d'un long cheminement de quête, de questionnements, de recherche secouée par les méandres des mouvements intérieurs, de reconnaissance de la voie de l'Esprit à l'œuvre en moi, au-delà de moi, de mes peurs et de mes craintes. C'est seulement la foi, ce désir d'être à la fois fidèle et confiante en la Parole de celui qui m'invite à le suivre là où il est, là où il va, là où il me précède et m'attend dans la rencontre de l'autre.

Enfant, que voulais-tu faire plus tard?

Toute petite, je voulais élever des chevaux...


Les rizières du Cambodge .

Quelle photo aurais-tu aimé prendre dans ton pays d'accueil et qui représente bien ce qu'il est?

Des hommes, des femmes et des enfants, l'échine courbée, les pieds dans l'eau presque jusqu'aux genoux, en train de repiquer les plants de riz pour les espacer et leur permettre de pousser jusqu'à maturation. ?

(1) Originaire de Chinon en France, Marie-Laure vit au Cambodge depuis 2000. Elle et son conjoint, René Ayala, s'occupent d'un foyer accueillant de jeunes lycéens issus de milieux pauvres. Vous pouvez la joindre à l’adresse suivante : ayaljo@yahoo.com