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Promouvoir la culture de la paix
Espoir et persévérance. C’est ce que nous inspire l’histoire de M. Sopheak Ok Serei, un Cambodgien qui a fait le choix de la paix face au chaos qu’a traversé son pays. Robert Piché a recueilli ses propos afin que nous puissions profiter de son message d’espérance. (La Rédaction)
Il y a deux ans, la communauté catholique du Cambodge avait invité M. Sopheak Ok Serei comme personne ressource lors d’un synode sur la violence dans la famille. J’ai rencontré ce témoin engagé dans la promotion de la paix et je vous livre ici mes quelques notes et impressions. M. Ok Serei est un Cambodgien de 53 ans, marié et père de deux enfants. Il est bouddhiste de religion. Depuis une quinzaine d’années, il se dédit à promouvoir la paix au Cambodge. Les drames de l’histoire du Cambodge Il faut se rappeler un peu le contexte. Le régime Khmer rouge a dirigé le pays pendant un peu plus de trois ans, de 1975 à 1979, et ce fut une période de grandes souffrances. D’après les experts, 1 700 000 personnes auraient péries au Cambodge durant ce régime. Pas une famille du pays n’est sortie intacte de ce carnage. Pendant les onze années suivantes, les cambodgiens ont subi l’occupation vietnamienne. C’est alors que Sopheak entre dans la résistance armée pour lutter contre cet envahisseur étranger. Durant cette période, le peuple Khmer est bafoué et abusé sous bien des aspects et Sopheak a été témoin d’atrocités, de personnes tuées, d’abus de pouvoir, de la violence sous toutes ses formes. « Cette expérience m’a amené à détester la violence et la guerre », dit-il. En 1992, il a quitté la résistance armée pour retourner à la vie civile. Un long cheminement vers la paix Pendant la période de 1993 à 1999, il a joint un parti politique comme conseiller de cabinet pour le vice-premier ministre. Il a surtout oeuvré pour promouvoir la réconciliation dans le pays. Il s’est également formé à la culture de la paix par des études, des lectures et des cours dans différents pays étrangers comme les États-Unis, Singapour, la Malaisie. Cependant, à cause de la partisannerie, du changement fréquent des élus et de la corruption, le monde de la politique ne le satisfait pas beaucoup et il décide de ne pas renouveler son mandat. Depuis un certain temps déjà, il pensait qu’un groupe indépendant de la politique serait plus stable et pourrait assurer une continuité à un processus de paix. En 1999, il rejoint donc un groupe qui venait de démarrer : le Centre Cambodgien pour la résolution des conflits. Il devient coordinateur du programme de la paix et du développement. Tout d’abord, il organise des sessions de formations dans les zones Khmers rouges dans le but de réaliser la réconciliation entre les Khmers rouges et les non Khmers rouges.
Il existait de nombreux préjugés entre les deux groupes et des accusations variées étaient portées contre l’un ou l’autre, ce qui fait qu’ils ne se rencontraient pas. Les Khmers rouges étaient isolés et souvent il n’y avait pas de confiance entre eux. La guerre avait installé un climat de méfiance généralisée. Les sessions offertes par Sopheak permettaient de se rencontrer, de se parler et d’exprimer ses sentiments. Il voulait promouvoir la culture du dialogue, l’ouverture d’esprit et de cœur entre ces gens. Ces sessions ont eu un bel effet positif sur la vie de ces anciens combattants et les ont aidés à réintégrer la vie cambodgienne. La fragile stabilité du pays est de nouveau menacée En juillet 1997, un coup d’état fait plusieurs morts et met en danger le processus démocratique déjà enclenché. Suite à cet incident, Sopheak met sur pied un groupe pour la prévention des conflits dans les élections cambodgiennes (COPCEL). Des représentants des partis politiques, des membres de la commission des élections, des représentants d’organisations diverses et du secteur industriel, des membres du groupe des pays donateurs commencent à se rassembler pour dialoguer et étudier les conditions de la paix. Pendant quatre ans, c’est-à-dire au fil de cinquante réunions sans interruption jusqu’en septembre 2003, le groupe persévéra car tous voyaient l’importance de ces échanges pour construire la paix, même si les conditions n’étaient pas toujours favorables pour se réunir. En 2004, les Nations Unies ont demandé à Sopheak de continuer son programme pour la culture de la paix. Il a donc commencé le COPCEL II pour favoriser le dialogue des acteurs politiques à différents niveaux : national, provincial et local. Présentement, il sillonne le pays pour organiser des sessions dans les différentes provinces. Il touche à des questions qui peuvent être source éventuelle de conflits, comme l’enregistrement des gens auprès du gouvernement et la mise à jour des listes électorales. Il travaille à la promotion de la paix entre le gouvernement et la société civile en vue d’amortir la psychose et la peur qui règnent lors des élections. En effet, les autorités et les partis politiques profitent de ces occasions pour faire des menaces et de l’intimidation. Sopheak promeut la culture du dialogue, basé sur un sens des responsabilités. Vers une paix durable au Cambodge Il a aussi commencé l’an passé, un projet qui lui tient beaucoup à cœur. Il se préoccupe pour l’avenir. Il se demande comment transmettre cette culture de la paix à la jeune génération, comment assurer au Cambodge une stabilité qui favorise un développement durable. Il se demande également si les jeunes vont plus tard diriger le pays avec un sens des responsabilités et un souci de l’intérêt de leurs concitoyens. Il s’est engagé personnellement à donner des sessions de formation (pendant 7 mois) à des jeunes sur les valeurs morales. Ils échangent, débattent et étudient des sujets comme la famille, le rôle de chaque membre dans la famille, l’amour, l’emploi du temps, le bonheur, les traits de caractère, etc. Il est surpris de voir que les jeunes ne dialoguent pas avec leurs parents et il les invite à transmettre à leurs enfants ce qu’eux-mêmes ont reçu. En terminant notre rencontre, Sopheak m’a dit que ce travail de plusieurs années l’avait changé profondément. Il ressent une paix intérieure et un bonheur de faire ce travail, de promouvoir la culture de la paix dans son pays. Il se dit plus ouvert, plus prêt à apprendre des autres, à écouter leurs expériences, leurs points de vue. Autrefois, il avait plutôt tendance à être à l’avant, à bien paraître; maintenant il apprend un autre comportement, celui de l’accueil de l’autre et de la possibilité de recevoir d’eux, ce qui est la base d’un dialogue vrai. Je suis reparti de cette entrevue en réalisant que je venais de rencontrer un homme au cœur généreux, soucieux de l’avenir des Cambodgiens, intéressé à promouvoir le dialogue entre les groupes et les personnes, dédié à la culture de la paix, une cause très valable dans notre monde qui se heurte constamment à la violence. Je me disais en moi-même que c’est aussi notre travail dans l’Église : promouvoir des valeurs comme la paix, le dialogue, le développement, l’harmonie afin de construire un monde meilleur. (1)Originaire de Contrecoeur, Robert Piché a été missionnaire aux Philippines (1960-1980; 1984-1991), à la formation (1980-1983) et membre du Conseil central (1991-1997). Il est au Cambodge depuis 1997. Vous pouvez le joindre à ladresse suivante : smecambodia@camnet.com.kh
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