Philippines | Pour la vie des peuples

Chronique d'un missionnaire

 


Pierre Samson, p.m.é.

Philippines, Août 2010

 

 

Bonjour,

         Après les beaux mois d’été, je commence à penser que vos étudiants prendront le chemin de l’école à nouveau dans quelques semaines. Les nôtres sont déjà en classe depuis le début de juin. J’aimerais vous faire une brève description en images et en mots de notre programme d’alphabétisation sous le nom TRIBAL SCHOOLS. Nous en supportons 8 cette année toujours grâce à la générosité de personnes et de groupes. Ces écoles sont situées dans des lieux très éloignés et grâce à nos jeunes profs que je vous ai déjà présentés, nous rejoignons une population de 152 garçons et 165 filles. Depuis 1985, ce petit réseau d’écoles a réussi à éduquer plusieurs milliers de jeunes autochtones dans notre coin de pays.

 

 

Autour de l’école tribale, on retrouve la maison du professeur, et un genre de tribune pour les activités extérieures.

 

Jeunes étudiants posant avec leur professeur devant leur école toute simple, construite par leurs parents.

 

La mission soutient leur effort d’apprentissage en offrant à certains jours le repas du midi.

 

Cela fait toujours plaisir d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent, n’est-ce pas?

 

Jetez un regard sur la photo : ces jeunes habitent dans ces flancs de montagne… pas d’autobus scolaire!

 

Petite résidence typique où habite le ou la prof responsable d’une école tribale.

 

EN PRISON !

 

         Suite à des événements survenus à Little Baguio il y a quelques semaines, 2 hommes furent arrêtés par les militaires, soupçonnés d’appartenir à un groupe rebelle. Connaissant ces gens, et les circonstances reliées à leur arrestation, j’ai encore de la difficulté à croire en la véracité des accusations, mais la justice doit suivre son cours normal. Perdus de vue pour quelques jours, grâce à l’aide de la Croix Rouge internationale, nous avons pu les localiser, hébergés qu’ils sont maintenant dans une petite prison municipale attendant je ne sais quoi au juste, et ils ont eu droit à ma visite…

 

         Pas de photos à vous montrer de la prison ou de mes entrevues, mais essayer d’imaginer 38 personnes vivant dans une chambre de 12 x 12 pieds! Il me faudrait plus d’une chronique pour vous décrire tout ce que j’ai pu voir et vivre pendant mes visites faites à quelques reprises. Il y a de tout, un peu à l’image des films ou du livre PAPILLON où on nous décrit ce monde en arrière de barreaux… Nos diverses interventions ont fait qu’ils auront droit à une défense légale assurée. En attendant, grâce à des visites régulières, nous pouvons leur apporter un supplément alimentaire nécessaire, eux n’ayant pas les « moyens » de se payer les « services locaux » complémentaires à leur ration quotidienne.

 

    

 

Pour être bien certain de pouvoir sortir de cet endroit, j’ai dû laisser au garde tout ce qu’il y avait dans mes poches, et accepter de me faire « tatouer » (temporairement!) d’une marque à l’encre, signe que j’étais bien un homme libre qui avait le droit de sortir de ce lieu. Vous savez pourquoi? Quelqu’un aurait pu avoir l’idée de se faire passer pour Fr. Samson et sortir en douceur à ma place. Et oui !!!

Mon tatou!

 

 

CABURAN : lieu de mes premiers apprentissages comme pasteur!

 

Il semble que tous les missionnaires se souviennent très bien de leur premier poste où leur vie missionnaire a débuté. Pour moi, cet endroit se nomme CABURAN, petit village situé sur le bord de la mer. En 1971, j’ai fait le voyage initial par petit bateau. J’y suis retourné récemment, cette fois par une route encore assez difficile, mais heureusement carrossable au moment de ma visite. On m’y avait invité comme un « ancien », car on fêtait le 50ième anniversaire de fondation de la Paroisse. Les quelques photos suivantes révèlent à la fois les traces du passé, et les nouveautés du présent.

 

Ce bâtiment, autrefois ma maison et nos bureaux, est maintenant devenu la résidence d’un groupe de religieuses en charge de l’école secondaire.

 

Cette école secondaire HOLY CROSS OF CABURAN se tient encore debout après toutes ces années… mais elle commence à perdre des murs…

 

J’ai retrouvé quelques visages un peu vieillis par le temps : nos anciens compagnons et responsables pastoraux

 

L’intérieur de l’église : que d’événe-ments heureux et malheureux vécus dans ce lieu sacré jusqu’en 1983.

 

J’ai retrouvé à mes côtés un des premiers prêtres filipinos qui ont pris la relève des PMEs après 25 ans de labeur

 

Comme il faisait bon de revoir cette petite église remplie de gens de tout âge, de toute tribu, de tout milieu.

 

Il y a toujours de ces dames si généreuses pour nous accueillir à leur table!

 

J’ai vite pu ramasser autour de moi ces jeunes de la tribu Manobo, curieux de m’entendre parler leur dialecte!

 

DEMANDE D’AIDE :

 

         « Father, on te demande. » Je me présente à ces inconnus qui désirent me parler en secret. Je trouve un endroit tranquille. Les têtes regardent à gauche et droite pour être certains que personne ne pourra entendre notre conversation. « Il paraît que tu as le pouvoir de détecter là où il y a des trésors enfouis. » Je souris, et laisse aller la conversation. Ils auraient besoin de mes services; ils sont convaincus qu’une fortune est enterrée dans un certain lot qu’ils ont acheté. Pour terminer le tout en douceur cet échange, j’ai dû avouer que mon « pouvoir » n’était bon que pour détecter là où se trouve l’eau. Grosse déception lue sur leur visage quand ils se sont levés pour partir. Ma curiosité m’a poussé alors à leur demander, « Qui vous a parlé de moi en ce sens? » Et la réponse est venue, « Une bonne religieuse convaincue que tu avais ce pouvoir » ! Wow! Il va falloir lui expliquer la différence entre « sourcier » et « sorcier »…

 

         Bonne fin d’été à vous tous!