Kenya | Pour la vie des peuples

Kristo Alifufuka!

 

 

 

 

 


À toi qui me lis…

C’était le cri de la Vie Nouvelle hier durant la grande et émouvante célébration pascale et quand on dit ‘cri’ ce n’est pas une figure de style pour ceux et celles qui connaissent ce peuple qui ne dissimule pas ni sa colère ni sa joie!  Ces cris hier soir étaient si puissants qu’ils m’ont fait monter les larmes. Je regardais cette jeune femme paralysée dans sa chaise qui attendait ce jour depuis si longtemps car c’était le grand jour de son baptême avec 30 autres jeunes adultes.  Elle me rappelait une autre jeune fille handicapée que nous avions découverte par hasard dans une maison du village ou je vivais en 1989 près de la ville de Chincha au Pérou.  Elle était littéralement traitée comme un animal galeux et elle avait été abusée depuis très petite. Son visage reflétait toute la souffrance du monde comme le décrit si bien le prophète Isaïe (52,13ss).  Elle n’avait qu’un désir : être baptisée! Je me souviens qu’elle m’a profondément ébranlé car en 1989 au Québec, ce n’était pas précisément le désir des jeunes…  Elle fut aussi baptisée durant la célébration du Samedi Saint que je présidais et là aussi je n’ai pas pu retenir mes larmes en la voyant complètement transfigurée par Celui qui la relevait et lui donnait une vie nouvelle.  J’ai compris du coup que cette joie n’est accessible qu’aux pauvres et aux exclus qui ont connu dans leur chair le pouvoir déshumanisant du mal.  Je revivais cela hier soir avec émotion parmi les cris de joie de ce peuple aux prises avec de multiples difficultés mais dont l’espérance et la joie sont entières.  Mais hier, il n’y avait pas de médias présents simplement parce qu’il n’y avait pas de scandale à déterrer…

Il est malheureux que trop de baptisé-e-s de chez nous se laissent guider par le seul « cri » des médias au sujet des scandales pédophiles de certains prêtres et religieux.  Je connais pourtant bien des gens dont les parents, le père ou la mère, ont eu des accrochages, victimes eux-mêmes d’abus que la famille a voulu garder discrètement à l’intérieur, qui ont vu ces parents se séparer et divorcer souvent, et pourtant… ils n’ont jamais cessé de les aimer tout en découvrant que leur humanité avait des faiblesses.   Et même si ma propre mère ou mon père avait été infidèle et abusif, aurais-je cessé de les aimer pour autant? Et que dire des mères et des pères dont un de leurs enfants est en prison ou ont des problèmes graves de comportement pour différentes raisons… Un de ces jeunes détenus a dit un jour : « si ma mère ne m’aimait plus, alors je n’aurais plus rien qui m’accrocherait à la vie! »  Oui l’amour d’une mère va bien au-delà de toutes les fautes de leurs enfants.  Ces mères iraient-elles publier leur souffrance dans les journaux? Non parce que leur faiblesse révélée publiquement aurait aussi un impact sur tous les autres membres de la famille qui n’ont pas à porter les stigmates des comportements de leurs frères ou sœurs.

Si on parlait en mal de mes parents, comment pourrais-je me taire et approuver? J’ai parfois mal à mon Église moi aussi mais comme elle est ma Mère, je ne peux pas la renier mais l’aimer davantage pour lui redonner sa beauté et sa dignité.  Tout baptisé devrait avoir ce réflexe si vraiment il vivait un sens d’appartenance à sa communauté de foi.  Il ne faut pas nier les cas d’abus graves ni le mal fait aux victimes mais de là à tout le bateau mettre dans le même sac et jeter le tout à la poubelle, il y a une marge!  Cette tendance à généraliser à partir de cas particuliers est forte quand il s’agit de l’Église car nous sommes beaucoup plus tempérés quand il s’agit d’un professeur ou d’un médecin ou psychologue et on ne généralise pas les cas à toute l’institution ou à tout le système d’éducation ou tous les hôpitaux.

Tout semble orchestré pour que les croyants se sentent coupables d’être croyants et faire que les catholiques se sentent honteux de leur Église.  Autrefois, on a réussi à convaincre le monde que les Juifs étaient une race perverse qui tuait les enfants pour les sacrifier à leur Dieu et bien d’autres histoires comme celles que j’ai entendues dans ce qui a été le ghetto juif à Rome.  Quel gâchis! Et plus tôt dans l’histoire, c’était les Noirs comme sous-humains tout juste bon pour être esclaves. Quelle profanation!

Je nous souhaite de vivre de cette vie nouvelle que le Christ nous apporte dans chaque personne écrasée qui se relève d’une mort latente à une espérance nouvelle.  Sachons Le reconnaître dans tous les visages de ceux et celles qui sont exclus et qui attendent que quelqu’un les regardent comme des personnes humaines.  Et réapprenons à aimer cette Mère Église dont l’amour est beaucoup plus large et admirable que tous les péchés et faiblesses de ses enfants!

Bernard Duquette p.m.é.