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Vivre la mission à Manaus, est-ce possible ?

Le 14 février dernier, une nouvelle expérience pastorale et communautaire commençait pour Guy Labonté, p.m.é., Yvon Côté, p.m.é. et Claribel Meléndez, missionnaire laïque associée. À la demande de l’Église brésilienne, ils partaient s’installer au cœur d’un des secteurs périphériques de la ville de Manaus au Brésil. Après deux mois, comment voient-ils leur nouvel engagement missionnaire? Guy Labonté répond à la question.

 

 

 


 

 


En 2008, les responsables de l’Église brésilienne nous ont demandé de travailler dans une des régions périphériques de la ville de Manaus. Formé de sept communautés chrétiennes nouvellement regroupées sous le nom de Jean-Paul II, ce secteur est considéré comme prioritaire sur le plan pastoral. En effet, les problèmes socioéconomiques que l’on y rencontre ont des incidences importantes sur la population.

LÀ OÙ NOUS AVONS POSÉ LES PIEDS


Comme plusieurs grandes villes d’Amérique latine, Manaus voit sa population augmenter d’année en année. Grâce à l’accessibilité accrue des services de santé et d’éducation et aux possibilités d’emploi qu’elle offre, plusieurs familles quittent la campagne pour venir s’y installer. De plus, Manaus possède une « zone franche », c’est-à-dire un vaste territoire commercial exonéré de droits de douane et où sont implantées des usines fabriquant des biens de consommation destinés exclusivement à l’exportation. Bien que la zone franche génère de nombreux emplois, ceux-ci sont instables car largement tributaires des fluctuations des marchés nationaux et internationaux. Aussi, la crise économique mondiale que nous connaissons depuis un an a fortement ébranlé le marché de l’emploi à Manaus.

Par ailleurs, en raison de l’accroissement de la population et de l’absence de politique d’habitation, de nouveaux « secteurs d’occupation illégaux » surgissent chaque année à Manaus. Ils abritent une population hétérogène provenant principalement des campagnes, d’autres États du Brésil et même des pays voisins. Comme la plupart des secteurs d’occupation illégaux qui naissent en périphérie de la ville ne sont desservis par aucun service public (électricité, eau, égouts), on y constate une grande pauvreté. De plus, les services sociaux et même religieux y sont souvent absents.


L’insécurité économique et la pauvreté qui règnent dans les secteurs d’occupation illégaux ont des répercussions sur la vie des familles. En général, ce sont les femmes, les adolescents et les enfants qui sont les plus touchés. Par exemple, plusieurs enfants et adolescents vivent dans la rue. Loin d’une présence parentale, ils deviennent des cibles faciles pour divers types d’exploitation. Aussi, on estime qu’à Manaus 84% des utilisateurs de drogues sont âgés de 11 à 14 ans. De plus, la prostitution infantile y est omniprésente.

UN DÉFI MISSIONNAIRE


Afin d’insuffler un « signe de vie et d’espérance » dans une telle réalité, l’Église brésilienne décloisonne d’année en année son action pastorale et développe une pratique évangélique « incarnée ». Son objectif à Manaus : mettre en place une pastorale urbaine qui tienne compte des caractéristiques des différents secteurs (le centre-ville, les quartiers résidentiels et les secteurs d’occupation illégaux) et des populations présentes (les caboclos, qui sont des métis portugais et indigènes, les indigènes et les riverains).

Dans les communautés chrétiennes où nous travaillons, trois types de pastorales sont privilégiées en 2009 : la Pastorale de la jeunesse, la Pastorale familiale et la Pastorale sociale. Ces pastorales correspondent toutes à des secteurs urgents d’intervention. Aussi, dans le cadre de la Pastorale de la jeunesse, nous prévoyons mener une réflexion sur la sécurité publique et souhaitons faciliter l’intégration des jeunes à la société civile. En Pastorale familiale, nous désirons consolider notre approche. C’est-à-dire implanter ce type de pastorale dans l’ensemble des communautés, intensifier les visites au sein des familles et stimuler les groupes de réflexion. Enfin, en Pastorale sociale, nous voulons favoriser la création de groupes d’Alcooliques anonymes, dynamiser la Pastorale des sidéens et approfondir le thème de la « Campagne de la Fraternité»

(Chaque année, à l’occasion du carême, l’Assemblée des Évêques du Brésil propose un thème de réflexion autour d’un enjeu social; c’est ce qu’on appelle la « Campagne de Fraternité ». En 2009, elle portait sur la sécurité publique en relation avec la question de la violence familiale. Cette campagne a eu un impact important tant au sein des communautés chrétiennes que de la société civile brésilienne. En effet, le thème de la violence familiale a abondamment été repris et traité dans les grands médias nationaux. n, Claribel et moi voulons prendre le temps de nous familiariser avec la réalité des gens et connaître les ressources de notre nouveau milieu. Nous souhaitons vivre pleinement notre dynamisme missionnaire en adoptant une attitude d’ouverture, de fraternité et de solidarité.)

De plus, conformément à l’esprit qui s’est dégagé de la Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes tenue en mai 2007 à Aparecida (Brésil), nous voulons aider l’Église brésilienne à « fortifier sa conscience missionnaire, en allant à la rencontre de ceux qui ne croient pas en Jésus-Christ et répondre adéquatement aux grands problèmes de la société dans laquelle elle est implantée » (DA #168).

* Originaire de St-Isidore (Dorchester), il a vécu au Japon (1971-78; 1982-85), a travaillé à l’animation missionnaire (1970-71; 1978-82) et a occupé un poste au sein du Conseil central (1985-91). En 1992, il partait pour le Brésil où il est aujourd’hui Supérieur de la région d’Amérique du Sud. Courriel : guy_lab@hotmail.com